Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407537
lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407537 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 octobre 2024 et le 15 octobre 2024, M. B, représenté par Me Aldeguer, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation ou de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'urgence
- l'urgence est caractérisée car la décision litigieuse le place dans une situation de précarité alors qu'il exerce un métier soumis à des difficultés de recrutement ;
S'agissant des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision méconnaît l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il justifie exercer un métier sous tension ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu'il a délivré un rendez-vous afin de déposer les pièces complémentaires demandées dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le numéro 2407536.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Palmer, greffier d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Aldeguer, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, a déposé le 19 septembre 2022, une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et s'est vu délivrer des récépissés dont le dernier expirait le 4 mai 2024. Le 19 février 2024, il a sollicité, en outre, une régularisation de sa situation au regard des métiers à tension visés à l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B, demande au juge des référés, la suspension de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins de non-lieu présentées par le préfet de l'Isère :
2. Le préfet de l'Isère, dans son mémoire en défense, conclut au non-lieu à statuer au motif que l'intéressé serait convoqué le 22 octobre 2024 afin de déposer des pièces complémentaires et qu'il puisse renouveler son récépissé. Or, un tel dépôt a déjà été effectué le 19 septembre 2022, date à laquelle il s'est vu délivrer un récépissé. Il ne saurait donc lui être demandé de déposer à nouveau un dossier, l'administration disposant déjà d'un dossier complet depuis cette dernière date. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de l'Isère ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. En l'espèce, M. B entré en France en 2018 justifie travailler en tant qu'électricien, être propriétaire d'un logement et avoir engagé depuis plusieurs mois des démarches en vue de voir régulariser sa situation administrative. Par suite, la condition d'urgence est caractérisée.
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
7. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B.
8. Il y a lieu cependant de préciser au requérant que s'agissant de sa demande de régularisation par le travail, alors qu'il n'apparaît pas que cette demande s'effectuerait au moyen d'un téléservice figurant sur la liste prévue à l'article R. 431-2 du code, fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration ni que le préfet aurait prescrit le dépôt de cette demande par voie postale, le préfet ne peut être regardé comme régulièrement saisi de cette demande de titre.
Sur les conclusions d'injonction :
9. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 21 octobre 2024.
La juge des référés,Le greffier,
J. A M. Palmer
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.