Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407573

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble rejette la requête de M. A C et M. B C, qui contestaient l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 20 septembre 2024 les mettant en demeure de quitter un terrain à Annecy sous 24 heures. Le tribunal écarte les moyens d'incompétence, d'illégalité de l'arrêté municipal sous-jacent, et de méconnaissance de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil des gens du voyage. Il retient que le stationnement présentait un risque pour la sécurité et la salubrité, et que le délai de 24 heures était justifié. La solution s'appuie notamment sur le code général des collectivités territoriales et la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 3 et 4 octobre 2024, les pièces n'ayant pas été communiquées, M. A C et M. B C, représentés par Me Candon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2024, notifié le 2 octobre 2024, par lequel le préfet de la Haute-Savoie les a mis en demeure de quitter l'emplacement qu'ils occupent sans droit ni titre à Annecy dans un délai de 24 heures, faute de quoi il sera procédé à leur évacuation forcée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que l'arrêté :

- est entaché d'incompétence ;

- est illégalement fondé sur l'arrêté du maire d'Annecy du 5 août 2022 qui n'était pas exécutoire faute d'avoir été publié, affiché et transmis au contrôle de légalité, qui est lui-même entaché d'incompétence et illégal en ce que la commune et la communauté d'agglomération du Grand Annecy ne remplissent pas leurs obligations d'accueil ;

- méconnaît l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence d'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ;

- est entaché d'erreur dans l'appréciation du délai de 24 heures laissé pour évacuer.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens soulevés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le décret n° 2019-171 du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage ;

- le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de Haute-Savoie 2019-2025 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique le 4 octobre 2024 à 11 heures 30, Mme Triolet a lu son rapport et constaté l'absence des parties.

Le clôture a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Un groupe de gens du voyage composé de 12 voitures et 11 caravanes s'est installé le 14 septembre 2024 dans une zone commerciale située à Annecy. La gendarmerie a constaté cette installation et ces conditions dans un procès-verbal établi le 14 septembre 2024 à 11 heures 30. Par l'arrêté en litige du 20 septembre 2024, notifié le 2 octobre 2024, le préfet de la Haute-Savoie a mis en demeure ces occupants sans droit ni titre de quitter les lieux dans un délai de 24 heures en retenant que ce stationnement, hors des aires d'accueil, méconnaît l'arrêté du maire d'Annecy du 5 août 2022, d'une part, et, d'autre part, qu'il présente un risque pour la salubrité en l'absence de sanitaires et de collecte des ordures ainsi qu'un risque pour la sécurité du fait du branchement électrique sauvage et du raccordement à une borne incendie et enfin porte atteinte à la tranquillité des employeurs des entreprises voisines. Il ajoute que le groupe de gens du voyage a été autorisé le 29 août à stationner sur un terrain aménagé qu'ils ont quitté le 15 septembre alors qu'il était toujours à leur disposition.

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Delavoët, secrétaire générale de la préfecture, qui bénéficie d'une délégation consentie par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il est justifié que l'arrêté du maire d'Annecy en date du 5 août 2022, interdisant le stationnement des véhicules des gens du voyage en dehors des aires d'accueil prévues à cet effet, a été transmis au contrôle de légalité le 8 août 2022. Cet arrêté prévoit qu'il sera publié selon la procédure en vigueur, présomption que rien ne permet de remettre en cause en l'état du débat. Il est justifié que le maire d'Annecy avait conservé sa compétence en matière d'accueil et de passage des gens du voyage en application d'un arrêté de la présidente de la communauté d'agglomération du 22 octobre 2020. Enfin, il n'est pas contesté que la commune d'Annecy dispose d'une aire de grand passage, d'une capacité suffisante pour accueillir le groupe concerné malgré une fermeture partielle ordonnée suite à des dégradations, outre 80 places sur d'autres terrains. L'exception d'illégalité de l'arrêté du 5 août 2022 doit être écartée en toutes ses branches, y compris celle inopérante de l'illégalité de l'arrêté du 16 mai 2024 de fermeture partielle de l'aire de grand passage de Gillon, qui lui est postérieur.

4. En troisième lieu, il n'est pas sérieusement contesté par les requérants qui se contentent d'allégations, que le branchement électrique et les câbles disposés dans des branchages et de façon aérienne, tels que photographiés par les services de gendarmerie, présentent un risque pour la sécurité. Au surplus, le terrain n'est équipé ni de sanitaires, ni de conteneurs à ordures. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il est constant que les requérants avaient été admis sur l'aire de Montagny-les-Lanches qu'ils ont spontanément quittée et qu'il leur a été vainement proposé une installation sur l'aire d'accueil de grand passage de Gillon. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du délai de départ, fixé à 24 heures, doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées. Il en est de même par voie de conséquence des conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'écarter la fin de non-recevoir, la requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1 : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C au titre des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et au préfet de la Haute-Savoie.

Copie en sera adressée à la commune d'Annecy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. TRIOLET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.