Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407617

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407617
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLALA BOUALI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l'intérieur du 7 mai 2024 retirant quatre points du permis de conduire de M. A et constatant son invalidation. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas justifié de manière concrète de la nécessité impérieuse de son permis pour son activité professionnelle ou sa vie familiale. De plus, le délai de quatre mois pour saisir le juge des référés et le comportement dangereux de l'intéressé (excès de vitesse à 141 km/h) ont été retenus pour écarter l'urgence. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Lala- Bouali, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 7 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré quatre points de son permis de conduire suite à une infraction du 7 août 2023 à 05 h 42, lui a renotifié les retraits de points précédents et l'a informé que son permis de conduire était nul faute de points, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a besoin de son permis de conduire pour son activité de dirigeant d'entreprise dans le domaine de la publicité et qu'il est père d'un enfant en bas âge ;

- l'administration a commis une erreur en comptant une double infraction à 05 h 42 et 05 h 50.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 juillet 2024 sous le numéro 2405468 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande la suspension de la décision " 48SI " du 7 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré quatre points de son permis de conduire suite à une infraction du 7 août 2023 à 05 h 42, lui a renotifié les retraits de points précédents et l'a informé que son permis de conduire était invalide faute de points.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

4. Si M. A soutient qu'il est dirigeant d'entreprise et qu'il a besoin de son permis de conduire, il se borne à produire son titre de pension d'invalidité et un procès-verbal d'assemblée générale extraordinaire et n'apporte aucune précision sur ses conditions concrètes de ses possibilités d'être aidé pour son enfant et la nécessité dans laquelle il se trouverait de disposer d'un permis de conduire. Par ailleurs, alors qu'il a eu connaissance de la décision " 48SI " attaquée au plus tard le 22 juillet 2024, il n'en a demandé la suspension que le 4 octobre, quatre mois plus tard. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été contrôlé le 7 août 2023 à une vitesse retenue de 141 km/h sur une portion de route limitée à 110 km/h. Ces circonstances révèlent qu'il a un comportement particulièrement dangereux, tant pour lui-même que pour les autres usagers de la route. Par suite, en l'état du dossier, la condition d'urgence mentionnée par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative n'est pas remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que la requête doit être rejetée pour défaut d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Grenoble, le 14 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.