Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407631

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A, ressortissant nigérian, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Isère du 3 octobre 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le requérant invoquait notamment un vice de procédure lié à l'absence de remise d’un formulaire d’information (article R. 523-3 du CESEDA) et une consultation irrégulière du fichier des antécédents judiciaires. Le tribunal a jugé que la remise du formulaire est postérieure à la décision et ne peut donc l’entacher, et que la consultation du fichier n’a pas fondé la décision. Il a également estimé que le trouble à l’ordre public était démontré, écartant l’erreur d’appréciation, et a prononcé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 et 15 octobre 2024, M. D, représenté par Me Angot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2024-JK-268 du préfet de l'Isère en date du 3 octobre 2024 portant assignation à résidence dans le département de l'Isère ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve, dans ce cas, que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que

- la décision attaquée est irrégulière, la preuve de la délivrance du formulaire prévu à l'article R. 523-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure résultant de la consultation irrégulière du fichier du traitement des antécédants judiciaires en l'absence d'habilitation et de base légale ;

- le trouble à l'ordre public n'est pas démontré, le préfet a entaché sa décision d'assignation (L. 523-1 du code) d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2023, et des pièces complémentaires enregistrées le 15 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale, notamment l'article R. 40-29 ;

- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, notamment son article 17-1 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Conesa-Terrade, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours a été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Conesa-Terrade, magistrate designée ;

- les observations de Me Angot, représentant M. A ;

- les observations de M. C représentant le préfet de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian, né le 1er janvier 1999, demande au troibunal d'annuler l'arrêt du 3 octobre 2024, par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois à compter de sa notification.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 523-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est assigné à résidence en application de l'article L. 523-1, le demandeur d'asile est informé de ses droits et obligations par un formulaire joint à la notification de la décision de l'autorité compétente. Ce formulaire, dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de l'asile et du ministre chargé de l'immigration, rappelle les droits et obligations des demandeurs assignés à résidence pour le traitement de leur demande d'asile. Il mentionne notamment leur droit d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans leur situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de leur situation. Il rappelle les obligations résultant de la demande d'asile et de l'assignation à résidence ainsi que les sanctions encourues en cas de manquement aux obligations découlant de l'assignation à résidence.() ".

4. Il ressort des dispositions précitées que la remise du formulaire qu'elles prévoient par l'autorité compétente à l'occasion de la notification de la décision d'assignation informant de ses droits et obligations le demandeur d'asile assigné à résidence pour le traitement de sa demande d'asile, intervient postérieurement à la prise de décision. Dès lors, l'omission alléguée de remise de ce formulaire, en méconnaissance de l'article R. 523-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne saurait constituer un vice de procédure de nature à entacher la décision attaquée d'irrégularité pour avoir priver l'intéressé d'une garantie ou avoir été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision attaquée. Il y a, par suite, lieu d'écarter le moyen comme inopérant.

5. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni même de la lecture de l'arrêté attaqué, que pour décider d'assigner M. A à résidence le préfet de l'Isère se serait fondé sur des éléments d'information obtenus par la consultation irrégulière du fichier de traitement des antécédants judiciaires de celui-ci. Par suite, les moyens tirés de l'absence d'habilitation pour consulter ce fichier et du défaut de base légale pour procéder à une telle consultation ne peuvent qu'être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 523-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence ou, si cette mesure est insuffisante et sur la base d'une appréciation au cas par cas, placer en rétention le demandeur d'asile dont le comportement constitue une menace à l'ordre public. () ". Aux termes de l'article R. 523-2 du même code : " La décision d'assignation à résidence prise en application du premier alinéa de l'article L. 523-1 à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière qui présente une demande d'asile est édictée sur la base d'une évaluation individuelle au regard de la menace à l'ordre public qu'il représente. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'un arrêté de réadmission dans le cadre de la procédure Dublin a été notifié à M. A le 23 février 2022, et qu'il a été déclaré en fuite le 9 août 2022. Le délai de réadmission dans le cadre de la procédure Dublin étant expiré lors de son interpellation le 3 octobre 2024, le préfet de l'Isère expose avoir remis à M. A une convocation qui lui a permis de déposer une demande d'asile le 7 octobre 2024 et avoir décidé de l'assigner à résidence en application de l'article L. 523-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le temps de l'examen de sa demande d'asile. Il ressort de la lecture de l'arrêté en litige que pour décider d'assigner à résidence M. A, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé justifie d'une adresse dans le département de l'Isère et présente, en conséquence, des garanties de représentation effectives permettant d'envisager son éloignement. La décision en litige est également fondée sur la circonstance, non contestée, que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution de la procédure de réadmission notifiée le 23 février 2022, et qu'il ne se présente pas aux convocations de l'autorité administrative. M. A conteste avoir commis les faits délictuels liés au trafic de stupéfiants à laquelle la décision fait référence pour considérer qu'il représente une menace à l'ordre public. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allegations. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de l'assigner à résidence le préfet de l'Isère aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de l'ensemble de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2024 portant assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Angot et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La magistrate désignée,

E. CONESA-TERRADE

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.