Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407651

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour de M. A. Le juge a constaté que le préfet de l'Isère avait délivré à l'intéressé une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 9 janvier 2025, l'autorisant à séjourner et à travailler. En conséquence, la condition d'urgence n'était plus remplie, et la requête a été rejetée. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Miran, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 15 septembre 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " ;

2°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " dans les deux mois ou, à défaut, d'adopter une décision explicite sur sa demande de titre de séjour dans les quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; il est placé en situation irrégulière ; il est privé de son droit au travail alors qu'il avait trouvé plusieurs employeurs prêts à le recruter dès l'obtention de son baccalauréat professionnel ; l'absence de droit au travail met en péril sa stabilité financière ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

º elle méconnaît les articles L. 423-23, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est présent en France depuis qu'il est mineur et s'y est construit en tant qu'adolescent puis qu'adulte ; la décision attaquée l'empêche de poursuivre son projet professionnel ;

º elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

º elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a délivré une attestation de prolongation d'instruction à M. A valable entre le 10 octobre 2024 et le 09 janvier 2025.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2407652, enregistrée le 7 octobre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 18 octobre 2024 à 14 heures 30.

Le rapport de M. Thierry, juge des référés a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte de tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Le dernier titre de séjour de M. A, ressortissant guinéen, arrivé mineur en France, expirant le 22 juin 2024, il en a demandé le renouvellement, dans les délais requis, le 15 mai 2024. Il expose toutefois qu'aucun document ne lui a été délivré pour lui permettre de justifier, après l'expiration de son titre de séjour de ses droits de séjourner et travailler en France. M. A demande au juge des référés de suspendre la décision née le 15 septembre 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour.

5. Le préfet de l'Isère expose et justifie toutefois qu'il a délivré à M. A une attestation de prolongation d'instruction valable entre le 10 octobre 2024 et le 09 janvier 2025 permettant à M. A de justifier du caractère régulier de son séjour en France et l'autorisant à travailler. Dans ces circonstances, la situation de M. A ne présente plus le caractère d'urgence qui la caractérisait au moment de l'enregistrement de sa requête.

6. Il en résulte, qu'au moins l'une des deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas satisfaite. Dans ces conditions les conclusions à fin de suspension de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Les conclusions à fin de suspension de M. A devant être rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

8. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge, les conclusions de M. A tendant à ce que soit mise à charge de l'Etat une somme en application de ces dispositions doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. A est rejetée.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24076512