Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407666
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, le préfet de la Haute-Savoie demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. B A du logement qu'il occupe CADA ALFA3A, 280 rue Sous Dine à La Roche Sur Foron (74800) ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de M. A.
Il soutient que :
- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. A a été définitivement débouté de sa demande d'asile en France et qu'il occupe irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. C a lu son rapport au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Chevalier, greffière d'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 5 avril 2021. Il a été admis le 19 mai 2021 au centre d'accueil des demandeurs d'asile ALFA3A sur La Roche Sur Foron. Il a déposé une demande d'asile le 25 mai 2021, rejetée par l'Office Français de la Protection des Réfugiés et des Apatrides par une décision du 13 juillet 2021, rejet confirmé par la Cour Nationale du Droit d'Asile par une décision du 21 décembre 2021. Par une décision du 15 mars 2022, notifié le 21 mars 2022, le préfet de la Haute-Savoie a émis un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui interdisant un retour sur le territoire français pour une durée d'une année. Par une décision du 28 février 2023, l'OFPRA a déclaré irrecevable le réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 23 juin 2023, le préfet de la Haute-Savoie lui a notifié une nouvelle obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée d'un an. M. A a été mis en demeure le 18 juin 2024, notifiée le 20 juin 2024, de libérer le logement qu'il occupe dans un délai de quinze jours mais cette mise en demeure est restée sans effet.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles
L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Le préfet de la Haute-Savoie expose que le département dispose de 1 087 places d'hébergement pour demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil. Le taux de présence indue est de 13.1 % pour l'ensemble des structures du département et de 13.6 % pour les HUDA de Haute-Savoie au 29 février 2024 alors que 369 demandeurs d'asile ne sont pas hébergés. En outre, le dispositif d'hébergement d'urgence est lui-même saturé.
6. M. A n'a pas produit de mémoire en défense et la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Par suite, il y a lieu d'ordonner son expulsion sans délai de l'appartement qu'il occupe sans droit ni titre. En l'absence de départ volontaire, le préfet de la Haute-Savoie est autorisé de faire procéder à son évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l'intéressé, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. A de quitter sans délai le logement qu'il occupe CADA ALFA3A, 280 rue Sous Dine à La Roche sur Foron (74800).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. A, le préfet de la Haute-Savoie pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l'intéressé, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.
Fait à Grenoble le 24 octobre 2024.
Le président,
J. P. CLa greffière,
A. CHEVALIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.