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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407701

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407701

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407701
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGHANASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. A, représenté par Me Ghanassia, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de renouveler son récépissé de titre de séjour dans les 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 440 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a urgence : son récépissé est venu à expiration le 8 octobre 2024 et son contrat de travail risque d'être suspendu ;

- le refus de renouvellement porte une atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale : liberté de travailler, droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas défendu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président a désigné M. B pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024 en présence de M. Muller, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu Me Ghanassia représentant M. A ; le préfet n'étant ni présent ni représenté ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1991, est entré en France en 2015 sous couvert d'un visa étudiant. Il a obtenu un titre de séjour en qualité de salarié pluriannuel valable jusqu'au 19 décembre 2021. Il a déposé une demande de renouvellement de ce titre de séjour en préfecture et a demandé en outre et à titre subsidiaire la délivrance d'une carte de résident valable 10 ans. Il a été muni de récépissés valables 3 mois du 19 décembre 2021 jusqu'au mois de septembre 2023, date à laquelle son récépissé n'a pas été renouvelé. En exécution d'une ordonnance du juge des référés du tribunal du 8 avril 2024, le préfet de l'Isère a délivré un récépissé valable du 9 avril 2024 jusqu'au 8 octobre 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". A ceux de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Lorsqu'il est saisi sur le fondement des dispositions citées ci-dessus et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, il appartient au juge des référés de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai. Le juge des référés peut ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, des mesures d'organisation des services placés sous son autorité, dès lors qu'il s'agit de mesures d'urgence qui lui apparaissent nécessaires pour sauvegarder, à très bref délai, la liberté fondamentale à laquelle il est gravement, et de façon manifestement illégale, porté atteinte.

En ce qui concerne le cadre juridique :

4. Par un jugement du 24 juin 2024, devenu définitif, le tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision implicite du préfet refusant la délivrance d'une carte de séjour de 10 ans sur le fondement de l'accord franco-marocain et enjoint au préfet de délivrer à M. A une carte de séjour valable 10 ans sur le fondement de l'accord franco-marocain dans un délai de deux mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Le tribunal a d'ailleurs été saisi le 8 octobre 2024 d'une demande d'exécution du jugement en application de l'article L. 911-4 du code de justice administrative.

5. Il appartient donc au préfet de délivrer à M. A une carte de séjour valable 10 ans sur le fondement de l'accord franco-marocain et, dans l'attente de la fabrication, de renouveler son autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

En ce qui concerne l'urgence :

6. Le récépissé étant venu à expiration le 8 octobre 2024, M. A est désormais en situation irrégulière et son contrat de travail à durée déterminée vient à expiration le 30 novembre 2024. Le renouvellement est subordonné à la régularité de sa situation administrative. Par suite la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :

7. L'absence de renouvellement du récépissé a pour effet de placer M. A en situation irrégulière, fait obstacle à ce jour à la poursuite de son contrat de travail et au renouvellement éventuel de son contrat lorsqu'il arrivera à échéance. Par suite, l'absence de renouvellement porte une atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale de travailler. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de renouveler le récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente de la fabrication de son titre de séjour, dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :Il est enjoint au préfet de l'Isère de renouveler le récépissé de M. A l'autorisant à travailler dans l'attente de la fabrication de son titre de séjour, dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 2 :L'Etat versera la somme à M. A la somme de 1000 euros tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A, au Me Ghanassia et au ministre de l'Intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 10 octobre 2024.

Le vice-président, juge des référés,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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