Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407713

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de délivrer une carte de séjour "membre de famille d'un citoyen UE" à Mme C, ressortissante arménienne. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la requérante bénéficiait d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable, l'autorisant à séjourner et à circuler. La solution retenue s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens de légalité soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 17 octobre 2024, Mme A C, représentée par Me Miran, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 23 mai 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une carte de séjour " membre de famille d'un citoyen UE " ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour " membre de d'un citoyen UE ", dans les deux mois ou à défaut, d'adopter une décision explicite sur sa demande de titre de séjour, dans les quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour l'autorisant à séjourner, voyager et travailler dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; aucun titre de séjour ne lui a été délivré ; si une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au 13 janvier 2025 lui a été délivrée, ce document ne l'autorise pas à travailler ni à voyager ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

º elle est insuffisamment motivée ;

º elle méconnaît l'article L. 233-2 et L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

º elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

º elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que Mme C est en possession d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au 17 janvier 2025 et qu'elle pourra circuler librement au sein et en dehors de l'espace Schengen.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2407714, enregistrée le 8 octobre 2024, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2018/1806 du parlement européen et du conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 28 octobre 2024 à 10 heures.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, juge des référés ;

- et les observations de Me Miran, représentant Mme C.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Mme C a présenté un mémoire après la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne, expose qu'elle entretient une relation de couple depuis 2015 avec M. B, citoyen autrichien, et avec qui elle a passé un pacte civil de solidarité en 2022. Entrée en France pour la dernière fois le 19 janvier 2024, au bénéfice d'un visa à entrées multiples qui a expiré le 31 août 2024, elle a formé une demande de premier titre de séjour en qualité de membre de famille de citoyen de l'Union européenne enregistrée le 23 janvier 2023. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article R. 522-1 du même code dispose que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. La condition d'urgence, qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Le préfet de l'Isère a remis à Mme C une attestation de prolongation d'instruction qui autorise son séjour en France du 14 octobre 2024 au 13 janvier 2025 sans que ce document ne l'autorise à travailler ni ne lui permette de franchir les frontières de l'espace Schengen, Mme C étant soumise à l'obligation de présenter un visa en application du règlement (UE) 2018/1806 du parlement européen et du conseil du 14 novembre 2018 susvisé. Pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme C fait valoir qu'elle doit se rendre en Arménie, à très brève échéance, pour y effectuer des démarches en lien avec la succession de son père décédé le 21 octobre 2023. Toutefois, Mme C ne fait état d'aucun élément l'ayant empêchée de procéder à ces démarches avant l'expiration de son visa ni n'indique avoir entrepris de démarche pour obtenir un nouveau visa lui permettant de revenir en France. Par ailleurs, si Mme C expose que l'absence de titre de séjour fait obstacle à ce qu'elle puisse travailler, elle ne se prévaut d'aucune demande d'autorisation de travail ni d'aucune recherche d'un emploi ou d'une proposition d'embauche à brève échéance. Elle ne justifie, par ailleurs, pas davantage d'une situation matérielle et financière tendue, M. B disposant de revenus substantiellement supérieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Dans ces circonstances, Mme C ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse dont elle se prévaut.

5. Il résulte de ce qui précède qu'au moins l'une des deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas satisfaite. Dans ces conditions, les conclusions à fin de suspension de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Les conclusions à fin de suspension de Mme C devant être rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge, les conclusions de Mme C tendant à ce que soit mise à charge de l'Etat une somme à lui verser en application de ces dispositions doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère

Fait à Grenoble, le 30 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24077132