Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407748
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407748 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. A, représenté par Me Mathis, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-le refus de délivrance de l'attestation de prolongation d'instruction le place dans une situation d'urgence ; son titre de séjour a expiré le 16 juillet 2024, il est désormais en situation irrégulière ; son contrat à durée indéterminée va être suspendu à l'initiative de son employeur en raison de l'irrégularité de sa situation ;
- le refus du préfet porte une atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale : droit à mener une vie privée et familiale normale, sa liberté d'aller et de venir, et son droit au travail.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas défendu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 10 octobre 2024 en présence de M. Muller, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu Me Mathis pour M. A ; le préfet n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été admis à séjourner en France sous couvert d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade valable jusqu'au 16 juillet 2024. Il a déposé le 29 avril 2024 une demande de renouvellement et le préfet a délivré une attestation de confirmation de dépôt d'une demande de renouvellement. A l'issue de la validité de son titre de séjour, le préfet ne lui a pas délivré une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". A ceux de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Lorsqu'il est saisi sur le fondement des dispositions citées ci-dessus et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, il appartient au juge des référés de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai. Le juge des référés peut ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, des mesures d'organisation des services placés sous son autorité, dès lors qu'il s'agit de mesures d'urgence qui lui apparaissent nécessaires pour sauvegarder, à très bref délai, la liberté fondamentale à laquelle il est gravement, et de façon manifestement illégale, porté atteinte.
En ce qui concerne le cadre juridique :
4. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. "
5. Il résulte de ces textes que le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande lorsque l'instruction de sa demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
6. Il résulte des débats en audience et des pièces versées que le titre de séjour de M. A est arrivé à expiration le 16 juillet 2024 et que l'absence de délivrance de l'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande a pour effet de le placer dans une situation irrégulière et d'entrainer la suspension de son contrat de travail, le plaçant ainsi dans l'impossibilité de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :
7. Il ne résulte pas de l'instruction que la demande de renouvellement de M. A n'aurait pas été complète ou déposée dans les délais impartis. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que le préfet aurait entendu opposer un refus implicite à la demande de renouvellement du requérant. Par suite, le refus du préfet de l'Isère de délivrer à M. A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, qui a notamment pour effet d'entrainer la suspension de son contrat de travail et de l'empêcher de subvenir à ses besoins, porte une atteinte manifestement grave et illégale à sa liberté fondamentale de travailler et au respect de sa vie privée et familiale. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de 48 heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard, sauf à lui opposer un refus explicite à sa demande.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de 48 heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard, sauf à lui opposer un refus explicite à sa demande.
Article 2 :L'Etat versera la somme de 1000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au ministre de l'Intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 11 octobre 2024.
Le vice-président, juge des référés,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.