Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407812
mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, Mme C, représentée par Me Combes, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du préfet de l'Isère refusant d'adresser à la caisse d'allocations familiales l'attestation prévue par l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer cette attestation ou à tout le moins de réexaminer sa situation dans un délai d'une semaine à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- son titre de séjour doit être regardé comme délivré sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet devait donc délivrer l'attestation prévue à l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2407810.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 29 octobre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme A ;
- et les observations de Me Combes, pour Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La requérante est titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " depuis le 19 mai 2022 et renouvelé jusqu'au 7 février 2025. Le 30 septembre 2022, elle a sollicité l'attribution des prestations familiales pour ses deux enfants aînés. Le 18 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Isère (CAF) a rejeté sa demande. A la suite de sa demande de réexamen, la CAF a de nouveau rejeté sa demande de prestations le 16 août 2023. A la suite d'un recours amiable, la commission de recours amiable a rendu un avis le 1er juillet 2024. Par courrier du 29 juillet 2024, la CAF de l'Isère a confirmé son refus en expliquant que les services de la préfecture, consultés à la suite de la demande de la requérante, avaient indiqué que le titre de séjour qui lui avait été délivré pour la période du 19 mai 2022 au 18 mai 2023 n'avait pas été délivré sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle sollicite dans la présente instance la suspension de l'exécution de la décision du préfet de l'Isère refusant de délivrer aux services de la CAF l'attestation prévue au 5° de l'article D. 512-1 du code de la sécurité sociale, décision révélée par la décision de la CAF de l'Isère.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme C provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de suspension d'exécution :
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Il apparaît que la décision du préfet de l'Isère, qui a pour conséquence que la requérante ne puisse bénéficier des prestations familiales, fait peser sur la famille une charge financière réelle. Mme C établit avoir une dette locative très importante, fait valoir que son compagnon n'est pas autorisé à travailler, qu'ils risquent d'être privés de logement et qu'elle est enceinte d'un quatrième enfant. Par suite la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. En l'état de l'instruction, alors que le préfet de l'Isère n'a produit aucun mémoire en défense permettant de comprendre les motifs de sa décision et alors que le titre de séjour de la requérante porte la mention " vie privée et familiale ", il y a lieu de considérer que le moyen tiré de la méconnaissance du 5° l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de délivrer l'attestation mentionnée au 5° l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale, motif pris de ce que la requérante ne justifiait pas d'un titre de séjour délivré sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions d'injonction :
7. La présente ordonnance implique seulement que le préfet réexamine la situation de la requérante, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Combes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à lui verser.
O R D O N N E :
Article 1er :
Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 :L'exécution de la décision du préfet de l'Isère, refusant de délivrer l'attestation mentionnée au 5° de l'article D. 512-2 du code de la sécurité sociale aux services de la CAF de l'Isère, est suspendue.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 :L'Etat versera à Me Combes une somme de 600 euros euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, à Me Combes et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
Le juge des référés,
J. A
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240781