Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407833

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé la décision du 7 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait refusé à Mme B épouse C et à sa fille majeure, Mme D C, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que l'OFII avait commis une erreur de droit en qualifiant la demande d'asile de Mme D C de demande de réexamen, alors qu'il s'agissait d'une première demande, méconnaissant ainsi l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, l'OFII a été enjoint de rétablir les requérantes dans leurs droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 11 octobre 2024, Mme G B épouse C et Mme D C, représentées par Me Mathis, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de les rétablir dans leurs droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte journalière de 100 euros à effet du 7 octobre 2024 ou, subsidiairement, de réexaminer leur demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Les requérantes soutiennent que :

- la décision est entachée d'une insuffisante motivation alors que leur situation respective est différente ; elle est entachée d'erreur de fait et d'un défaut d'examen de leur situation personnelle respective ;

- l'OFII n'a pas satisfait à ses obligations d'information qu'il tient de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui constitue un vice de procédure ;

- les dispositions de l'article L. 551-9 de ce code ont été méconnues à l'égard de Mme D C qui, pourtant, présente une première demande d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 551-15 et de l'article D. 551-17 du même code à l'égard de Mme B épouse C qui se trouve dans une situation de vulnérabilité avec son fils âgé de huit ans.

Par un mémoire enregistré le 17 octobre 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F en application de l'article L. 555-1 et de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024, à 14 heures, appelé l'affaire et a présenté son rapport. Me Mathis a présenté des observations pour les requérantes. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G B épouse C, ressortissante kosovare née en 1981, est entrée en France une première fois le 18 décembre 2014 avec son époux et leur fille D née le 12 novembre 2004, et a présenté une demande d'asile le 18 novembre 2015 qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, le 26 octobre 2016. Après avoir séjourné au Kosovo, elle est revenue en France le 6 août 2024 accompagnée de sa fille D C, devenue majeure, et de son fils A, âgé de 8 ans. Mmes C ont présenté une demande d'asile, le 7 octobre 2024, classée en première demande d'asile par la préfecture de l'Isère. Par décision du 7 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans la présente instance, Mmes C en demandent l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre les requérantes au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. D'une part, l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Selon l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de l'article L. 521-3 de ce code : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile (). / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-41 de ce code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. () ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ".

6. En premier lieu, la fille de la requérante, désormais majeure, étant née antérieurement à la première demande d'asile formée par ses parents, les décisions rejetant cette demande d'asile sont réputées l'être à l'égard tant de Mme C que de sa fille D. C'est donc sans commettre d'erreur de droit que l'OFII a qualifié les demandées enregistrées pour la requérante et sa fille de demandes de réexamen, alors même que Mme D C présente une demande d'asile pour un motif distinct de celui invoqué par ses parents lors de leur première demande d'asile. Dans ces conditions, l'OFII pouvait refuser aux requérantes le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne pour justifier le refus des conditions matérielles d'accueil, outre les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que Mmes C ont présenté une demande de réexamen de leur demande d'asile. Ainsi, la décision comporte les motifs de fait et de droit qui la fondent. Ainsi, qu'il a été dit précédemment, elle n'avait pas à distinguer les demandes de deux requérantes, placées dans la même situation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen de leur situation individuelle doivent être écartés.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'entretien de vulnérabilité s'est déroulé le 7 octobre 2024 en langue albanaise avec la présence d'un interprète. Par suite, les requérantes ont été informées des conditions de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'elles comprennent.

9. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce au dossier que l'OFII aurait omis d'examiner la demande de Mme D C. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, spécifiquement invoqué par celle-ci à l'encontre de la décision attaquée, doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ressort de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité que Mmes C n'ont pas fait état de vulnérabilités particulières lors de l'entretien du 7 octobre 2024. La circonstance que Mme D C a été agressée au Kosovo et a fait l'objet de mauvais traitements pendant 18 mois dans la famille de son agresseur auprès de laquelle son père l'a placée constitue un motif relevant de sa demande d'asile. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle des intéressées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mmes C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et celles relatives aux dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mmes C sont admises provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mmes C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B épouse C, à Mme D C, à Me Mathis et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

Mme F Mme E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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