Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407852
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2024, Mme A D B C, représentée par Me Kummer, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte définitive de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer une convocation dans les 15 jours, afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour en application des dispositions des articles L. 911-1 du code de justice administrative et R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : elle vit en France depuis 2017 de manière régulière et continue avec sa mère, son beau-père et son demi-frère ; elle poursuit des études de comptabilité et son titre de séjour expire le 23 novembre 2024 ; elle ne parvient pas à obtenir un rendez-vous pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et ce malgré ses nombreuses tentatives ;
- la mesure est utile pour assurer ses droits et mettre fin à la situation d'urgence ;
- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;
Par un mémoire enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- L'urgence n'est aucunement caractérisée dans le sens où l'intéressée est toujours en situation régulière, le titre de séjour arrivant à expiration le 23 novembre 2024 ; de plus, par application de l'article L. 433-33 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut justifier de la régularité de son séjour jusqu'au 22 février 2025 ; aussi, la requérante n'établit pas une impossibilité de trouver un créneau, au regard de ses connexions tardives pour l'obtention d'un rendez-vous.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
4. Aux termes de l'article L. 433-3 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de quatre ans, d'une carte de résident () en demande le renouvellement, il peut justifier de la régularité de son séjour entre la date d'expiration de ce document et la décision prise par l'autorité administrative sur sa demande par la présentation de la carte ou du titre expiré, dans la limite de trois mois à compter de cette date d'expiration () ".
5. Pour justifier l'existence d'une urgence particulière qu'il y aurait à enjoindre au préfet de l'Isère de lui accorder un rendez-vous afin de déposer une demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale, Mme D B C, soutient qu'elle ne parvient pas, malgré ses tentatives, à obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, qu'elle se trouvera bientôt dépourvue de tout document attestant de la régularité de son séjour et risque de perdre son emploi. Toutefois, les éléments invoqués à l'appui de sa requête ne sont pas de nature à justifier de l'urgence à obtenir rapidement un rendez-vous dès lors que, comme le fait valoir le préfet de l'Isère dans ses écritures, son titre de séjour expirant le 23 novembre 2024, lui permet de justifier d'un séjour régulier en France et de poursuivre son activité professionnelle jusqu'à cette date. En outre, une fois expiré, ce titre lui permettra, jusqu'à trois mois après sa date d'expiration, par sa seule production, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier d'un séjour régulier en France. En outre, les captures d'écran produites dans le cadre de la présente instance lui permettront de prouver qu'elle a commencé ses démarches pour déposer sa demande de renouvellement de son titre dans les délais requis. Dans ces conditions, l'existence d'une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, n'est pas établie à la date de la présente ordonnance.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme B C Le en toutes ses conclusions y compris les conclusions présentées au titre des frais irrépétibles.
O R D O N N E :
Article 1: La requête de Le Mme B C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 25 octobre 2024.
Le juge des référés,
C. VIAL-PAILLER
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.