Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407858
mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407858 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Vadon , demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui accorder un rendez-vous en préfecture, pour procéder au renouvellement de son titre de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie : son contrat de travail à durée indéterminée a été rompu et il est privé de ressources depuis le 5 août 2024 ;
- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégal à sa liberté de travailler, au droit au respect de sa vie privée, et à sa liberté d'aller et venir.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 16 octobre 2024 à 10h15.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, juge des référés
- et les observations de Me Donguy substituant Me Vadon.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. M. B, ressortissant de République démocratique du Congo souhaite demander le renouvellement de son titre de séjour dont la validité de dix ans expirait le 5 août 2024. Il expose que, reçu en préfecture le 11 septembre 2024, il lui a été indiqué qu'il devait former sa demande de renouvellement sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF). En dépit de ses démarches il n'a pas été en mesure de faire enregistrer sa demande. Il demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui accorder un rendez-vous en préfecture, pour procéder au renouvellement de son titre de séjour.
3. L'impossibilité à laquelle se trouve confronté M. B pour faire enregistrer sa demande de titre de séjour et dont il justifie par les pièces produites, n'est pas contestée. Démuni de tout document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de son droit au travail, M. B qui peut plus travailler et qui est privé de ses ressources salariales est ainsi placé dans une situation d'urgence au sens des dispositions précitées. Cette situation, découlant de la carence de l'administration, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de travailler et à sa liberté d'aller et venir.
4. Dans ces circonstances, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de convoquer M. B un rendez-vous qui aura lieu dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin qu'il puisse faire enregistrer sa demande renouvellement de son titre de séjour, une telle mesure étant de nature à faire cesser l'atteinte grave et manifestement illégale mentionnée au point précédent. Il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros qu'il paiera à M. B, au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Isère de donner à M. B un rendez-vous qui aura lieu dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande renouvellement de son titre de séjour.
Article 2 :L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 16 octobre 2024.
Le juge des référés,
P. Thierry
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24078582