Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407907

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, concerne une demande de Mme B visant à obtenir l'exécution d'une précédente ordonnance du 10 juin 2024. Cette ordonnance avait enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail. Le tribunal constate que le préfet a délivré un rendez-vous à Mme B pour le 12 novembre 2024 afin de renouveler son autorisation provisoire de séjour, ce qui répond à l'injonction. Par conséquent, la requête de Mme B est rejetée, le juge estimant qu'il n'y a plus d'urgence et que les mesures nécessaires ont été prises.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Mathis, doit être regardée comme demandant au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de modifier le dispositif de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Grenoble n° 2403530 du 10 juin 2024 afin d'enjoindre au préfet de l'Isère de :

- lui délivrer un document provisoire justifiant la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

- réexaminer sa demande de titre de séjour dans le mois suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

2°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, Me Mathis, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat la même somme à lui verser à elle-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; son autorisation provisoire de séjour expire le 2 octobre 2024 et son employeur l'a mise en demeure de produire un justificatif de droit au séjour ; il sera mis fin à son contrat de travail si elle ne produit pas un tel document d'ici le 19 octobre 2024 ; elle élève seule ses deux filles nées sur le sol français ; la caisse des allocations familiales a cessé de lui verser des aides en raison de sa situation irrégulière ; elle a des difficultés à payer son loyer et ses charges courantes ;

- le préfet de l'Isère n'a pas respecté les injonctions prononcées par le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble dans son ordonnance n° 2403530 du 10 juin 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il a délivré, le 23 octobre 2024 un rendez-vous à Mme B pour le 12 novembre 2024 afin de renouveler son autorisation provisoire de séjour ;

- Mme B ne justifie pas de diligences infructueuses pour se voir délivrer une nouvelle autorisation provisoire de séjour ;

- Il n'y a plus d'urgence.

Vu :

* l'ordonnance du juge des référés n° 2403530 du 10 juin 2024 ;

* les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 28 octobre 2024 à 10 heures 15.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, juge des référés ;

- et les observations de Me Mathis, représentant Mme B.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance n° 2403530 du 10 juin 2024 le juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel préfet de l'Isère a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour. Il lui a enjoint de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de huit jours, à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

2. Mme B saisit à nouveau le juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, afin qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère, d'une part, de lui délivrer un document provisoire justifiant la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard, d'autre part, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le mois suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions relatives à l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

5. Si l'exécution d'une ordonnance prononçant une injonction, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure d'injonction demeurée sans effet en en modifiant le délai d'exécution ou en prononçant une astreinte destinée à assurer cette exécution, l'inexécution de la décision juridictionnelle présentant le caractère d'un élément nouveau au sens des dispositions dudit article L. 521-4 du code de justice administrative.

6. Il n'est pas contesté par le préfet de l'Isère que si Mme B a été mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 3 juillet au 2 septembre 2024, cette autorisation n'a pas été renouvelée, et qu'il n'a pas été procédé au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B.

7. Il incombe aux différentes autorités administratives de prendre, dans les domaines de leurs compétences respectives, les mesures qu'implique le respect des décisions juridictionnelles.

8. En premier lieu, la décision de refus de délivrer un titre de séjour à Mme B ayant été suspendue, et le tribunal ayant enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois, l'instruction de cette demande de titre de séjour ne saurait avoir été éteinte par le silence gardé par le préfet. Contrairement à ce que fait valoir ce dernier en défense, la circonstance qu'il a convoqué Mme B un rendez-vous le 12 novembre 2024 afin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour n'a ainsi nullement pour effet ni de " rouvrir l'instruction ", qui n'a pas été close, de la demande de renouvellement du titre de séjour ni de " reporter la décision implicite de rejet de celle-ci ".

9. En deuxième lieu, il ressort tant des pièces produites par Mme B que des explications livrées par cette dernière à l'audience que l'absence de renouvellement de son titre de séjour a pour effet de la priver des allocations qui lui étaient versées par la caisse d'allocations familiale jusqu'à l'expiration de son titre de séjour, que son employeur ne peut la maintenir dans son emploi et qu'elle doit pourvoir aux besoins de ses deux jeunes enfants avec lesquelles elle vit seule. Dans ces circonstances, la situation de Mme B, reconnue comme urgente par l'ordonnance susmentionnée n'a pas changé.

10. En troisième lieu, le défaut d'exécution des prescriptions du juge des référés, constitue une circonstance nouvelle justifiant la modification de cette ordonnance en application des dispositions précitées de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

11. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des graves difficultés matérielles provoquées pour Mme B par l'absence d'exécution de l'ordonnance en cause, il y a lieu, d'une part, d'en modifier le dispositif et de prescrire au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B d'ici le 5 novembre 2024 une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 150 euros par jour de retard. Il y a lieu, d'autre part de lui enjoindre de réexaminer sa demande de titre de séjour et de prendre une décision explicite, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative d'assortir cette mesure d'une astreinte de 150 euros par jour de retard.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

13. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () "

14. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Mathis, avocate de Mme B, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'article 3 de l'ordonnance n° 2403530 du 10 juin 2024 est modifié comme suit :

" Il est enjoint au préfet de l'Isère :

- de délivrer à Mme B d'ici le 5 novembre 2024 une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme B et de prendre une décision explicite, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, sous astreinte de 150 euros par jour de retard. ".

Article 3 :Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle l'Etat versera à la somme de 1 200 euros à Me Mathis en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et à Me Mathis

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère

Fait à Grenoble, le 29 octobre 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24079072