Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407947
mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407947 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AARPI VERCORS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Zaiem, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour ;
2°) de lui donner acte qu'il demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard suivant la notification de l'ordonnance ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, Me Zaiem sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; elle est présumée en matière de refus de renouvellement de titre de séjour ; il se retrouve en situation irrégulière ; il ne bénéficie plus des droits attachés à la régularité de son séjour, notamment l'allocation chômage, et la caisse aux allocations familiales ne lui verse plus d'allocation logement ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
º elle méconnaît les articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
º elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
º elle méconnaît la liberté d'aller et venir ; il ne peut plus se déplacer librement en l'absence de document justifiant de la régularité de son séjour en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le dossier de demande de renouvellement du titre de séjour est incomplet et qu'une demande de pièce complémentaire a été transmise le 23 octobre 2024.
Vu :
* les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2407948, enregistrée le 16 octobre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 28 octobre 2024 à 10 heures 45.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, juge des référés ;
- et les observations de Me Zaiem , représentant M. A, qui a indiqué que ses deux enfants français étaient majeurs et que les pièces demandées le 23 octobre 2024 par le préfet lui ont été transmises.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant macédonien, expose qu'il vit en France avec sa compagne depuis 2001 et qu'il y séjourne de manière légale depuis 2007, au bénéfice de titres de séjours qui ont été régulièrement renouvelés et dont le dernier, valable deux ans, expirait le 20 juillet 2024. Lors du rendez-vous à la préfecture de l'Isère du 11 juillet 2024, obtenu le 21 mai, sa demande de renouvellement n'a pas été enregistrée, M. A ayant été invité à former celle-ci sur le site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), ce qu'il indique avoir accompli dès le 4 juillet 2024. Aucune attestation de prolongation d'instruction de sa demande renouvellement de son titre de séjour ne lui ayant été remise, M. A demande au juge des référés de suspendre la décision implicite née du silence du préfet de l'Isère et rejetant sa demande d'attestation de prolongation d'instruction.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. La condition d'urgence, qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
5. Le préfet de l'Isère ne conteste pas que M. A, dont la situation est présumée urgente, est placé dans une telle situation. Au demeurant, n'étant plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France, M. A a été radié de la liste des demandeurs d'emploi et ne perçoit plus l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Il ne perçoit plus non plus l'allocation logement que lui versait la caisse l'allocations familiales. Dans ces circonstances, la décision litigieuse porte, aux intérêts personnels de M. A, une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une situation d'urgence aux sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
6. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " () Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. () ".
7. Plus de trois mois après le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour par M. A et postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet de l'Isère lui a demandé, le 23 octobre 2024 de produire des pièces. A l'audience, M. A a indiqué, sans être contredit, qu'il avait complété son dossier. Dans ces circonstances, le dossier de M. A doit être regardé comme complet. En l'état de l'instruction, il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.
8. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère refuse de délivrer à M. A une attestation de prolongation d'instruction jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Compte tenu du motif de suspension retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
10. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () "
11. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Zaiem, avocat de M. A, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :L'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de délivrer à M. A une attestation de prolongation d'instruction est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 4 :Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle l'Etat versera à la somme de 1 000 euros à Me Zaiem en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et à Me Zaiem.
Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 30 octobre 2024.
Le juge des référés,
P. Thierry
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24079472