Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407982

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407982
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL SOCIETE D'AVOCATS NICOLAS CHAMBET

Résumé IA

Suspension de permis de conduire pour conduite sous stupéfiants. Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 6 septembre 2024. La condition d'urgence n'est pas remplie, le requérant n'ayant pas démontré que son emploi nécessite impérativement le permis et son comportement étant dangereux pour la sécurité routière. La décision est fondée sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative et l'article L. 224-2 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Chambet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 6 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a suspendu son permis de conduire pour une durée de dix mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui restituer provisoirement son permis de conduire, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; il a un besoin impérieux de son permis de conduire pour son activité de technicien d'usinage (régleur sur machines industrielles) ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ; la décision a été prise avant l'expiration du délai de sept jours offert pour présenter ses observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 octobre 2024 sous le numéro 2407979 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet le 21 août 2024 à 15 h 30 d'un contrôle ayant révélé une conduite sous l'emprise de stupéfiants. Par un arrêté du 6 septembre suivant, le préfet de la Haute-Savoie a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de dix mois, sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route. M. B demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

4. M. B n'explique pas en quoi son emploi de technicien d'usinage (régleur sur machines industrielles) nécessite la détention d'un permis de conduire. Par ailleurs, son domicile est situé à 30 kilomètres de son lieu de travail. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été contrôlé conduisant sous l'empire de stupéfiants. Cette circonstance révèle qu'il a un comportement particulièrement dangereux, tant pour lui-même que pour les autres usagers de la route. L'ensemble de ces circonstances font obstacle à ce que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que la requête doit être rejetée pour défaut d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Grenoble, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. P. WYSS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.