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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408009

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408009

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2024, M. A, représenté par Me Mathis, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du refus implicite du préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il se trouve sans ressources en France à défaut de pouvoir travailler ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui n'est pas motivée, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et enfin est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a donné un rendez-vous le 19 novembre 2024 à M. A pour lui " attribuer une autorisation provisoire de séjour ".

Vu :

- la requête enregistrée le 17 octobre 2024 sous le numéro 2408006 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Ribeaud, greffier d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu les observations de Me Mathis, assistant M. A, ainsi que de celui-ci.

Me Mathis maintient les demandes et moyens développés par écrit en indiquant qu'il n'est pas établi que son client bénéficiera d'une attestation provisoire de séjour.

Au soutien de l'urgence, Me Mathis fait valoir que le requérant ne peut bénéficier que de l'aide médicale d'Etat et non de la couverture maladie universelle, ce qui limite les soins auxquels il peut accéder. Questionné sur l'incidence en l'espèce dans la prise en charge de son fils, l'intéressé, également secondée par Mme C (éducatrice) indique qu'il n'y a pas d'incidence concrète en l'état.

Questionné sur son emploi en Algérie et ses perspectives d'emploi en France, M. A précise qu'il établissait des fiches de paie pour des pompiers et n'est pas en mesure d'indiquer quel emploi il pourrait exercer en France. L'éducatrice qui l'accompagne répond que le travail d'insertion vers l'emploi pourrait être entrepris.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

2. D'une part, les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-10 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites () ".

5. M. A, ressortissant algérien né en 1979, est entré en France en juin 2023 pour y faire soigner son fils B, né en 2017 et atteint d'une maladie neurologique et rénale. Ce dernier a bénéficié d'une transplantation rénale le 31 octobre 2023. M. A a formé le 19 décembre 2023 une demande d'autorisation de séjour sur le fondement de l'état de santé de son fils. Le 26 avril 2024, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de l'enfant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il ne pouvait les recevoir dans son pays d'origine et que le traitement devait être poursuivi pour une durée de 12 mois.

6. M. A ne justifie pas que le refus d'autorisation provisoire de séjour serait susceptible d'avoir des répercutions sur les soins reçus par l'enfant B ou sur ses ressources à court terme. Ainsi et alors qu'il n'a jamais été autorisé au séjour, le requérant ne justifie pas de circonstances permettant de caractériser l'urgence invoquée. Au demeurant, il résulte du mémoire en défense que M. A est convoqué le 19 novembre 2024 afin de lui " attribuer une autorisation provisoire de séjour ", conformément à sa demande. Il résulte de ce qui précède qu'à défaut d'urgence, les conclusions en suspension de M. A ne peuvent qu'être rejetées. Il en est de même par voie de conséquence de ses conclusions en injonction et au titre des frais de procès.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 13 novembre 2024.

La juge des référés,

A. D

Le greffier,

S. Ribeaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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