Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408011

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de M. A, ressortissant macédonien, contestant un arrêté préfectoral du 11 octobre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour d'un an, ainsi qu'une assignation à résidence. Le requérant invoquait notamment une insuffisance de motivation, une méconnaissance du droit d'être entendu et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que la décision était suffisamment motivée et proportionnée au regard de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. En conséquence, il a rejeté la requête de M. A, confirmant ainsi la légalité des arrêtés pris sur le fondement des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2024-JK-283 du 11 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté n°2024-JK-283 B du 11 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- En ce qui concerne l'arrêté n°2024-JK-283 du 11 octobre 2024 pris en son ensemble :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire durant un an est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen complet et particulier de sa situation ;

- En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du principe du droit d'être entendu et des droits de la défense ;

- elle méconnaît le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- En ce qui concerne l'arrêté n°2024-JK-283 B portant assignation à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours renouvelables deux fois :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de la décision de refus de délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n°2010-569 du 28 mai 2010 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hamdouch, Premier conseiller, pour statuer sur la requête.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 29 octobre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de M. Hamdouch,

- les observations de Me Huard, représentant M. A, qui a fait valoir que les dispositions applicables du code de procédure pénale ont été méconnues dès lors que l'identité de la personne ayant consulté le fichier des antécédents judiciaires ne peut être connue de sorte qu'il n'est pas possible de déterminer si elle était habilitée à procéder à une telle consultation,

- les observations de M. A.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant macédonien né le 10 avril 2004, est entré sur le territoire français en 2010 avec ses parents, ses quatre sœurs et son frère et a obtenu le 24 mars 2023 la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dont la validité a expiré le 23 mars 2024. Après qu'il ait été interpellé le 10 octobre 2024 par les services de la police municipale de Fontaine pour des faits de conduite sans permis de conduire, le préfet de l'Isère a prononcé à l'encontre de M. A, par un arrêté n°2024-JK-283 du 11 octobre 2024, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté n°2024-JK-283-B du 11 octobre 2024, le préfet de l'Isère a décidé l'assignation à résidence de M. A pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté n°2024-JK-283 pris en son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

3. L'arrêté attaqué vise le 2° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-6 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En second lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère a procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, en vertu de l'article 6 du traité sur l'Union européenne : " () 3. Les droits fondamentaux, tels qu'ils sont garantis par la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et tels qu'ils résultent des traditions constitutionnelles communes aux Etats membres, font partie du droit de l'Union en tant que principes généraux. ".

6. Le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. M. A soutient qu'il a été privé de la possibilité d'informer les services préfectoraux de sa situation personnelle, son insertion familiale et sociale et de faire valoir l'impossibilité dans laquelle il s'est trouvé d'obtenir un rendez-vous pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour dès lors que, depuis le mois de mars 2024, l'accès en préfecture de l'Isère est quasiment impossible pour les premières demandes ou les renouvellements de titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 11 octobre 2024 dressé par les services de la police nationale de Grenoble, que M. A a été invité à présenter ses observations avant que le préfet de l'Isère ne prenne à son encontre la décision d'obligation de quitter le territoire français contestée. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige serait intervenue en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu.

8. En deuxième lieu, M. A soutient que les dispositions applicables du code de procédure pénale, non précisées, ont été méconnues dès lors que l'identité de la personne ayant consulté le fichier des antécédents judiciaires ne peut être connue de sorte qu'il n'est pas possible de déterminer si elle était habilitée à procéder à une telle consultation. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que les signalements dont a fait l'objet M. A auprès des services de police pour les faits de vol en réunion, ont été portés à la connaissance des services de la préfecture uniquement à la suite de la consultation du traitement dénommé " traitement des antécédents judiciaires ". Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration n'a pas justifié que l'agent ayant consulté le traitement des antécédents judiciaires aurait été spécialement habilité doit être écarté.

9. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de l'Isère a procédé à la vérification de son droit au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant notamment qu'il est célibataire et sans enfant, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il n'établit pas la nature des liens qui l'uniraient à sa sœur présente en France. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui n'établit pas avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents, remplissait l'ensemble des conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, aux termes du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; (). ". L'article R. 431-5 du même code dispose que : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande [de titre de séjour] est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ".

11. Pour prononcer à l'encontre de M. A l'obligation de quitter le territoire français contestée, le préfet de l'Isère a relevé qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou sans demander le renouvellement de la carte de séjour temporaire qui lui a été délivré le 24 mars 2023 et valable jusqu'au 23 mars 2024. Il ressort des pièces du dossier que les étrangers se sont trouvés dans l'impossibilité de déposer en préfecture de l'Isère une demande de renouvellement de titre de séjour en avril 2024 et M. A fait valoir qu'il a été dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous en ligne à quatre reprises les 23 et 26 juillet 2024 puis les 12 et 14 août 2024 pour les créneaux de la semaine du 26 août 2024, à deux reprises les 16 et 27 août 2024 pour les créneaux de la semaine du 2 septembre 2024 et à une reprise le 11 septembre 2024 pour les créneaux de la semaine du 16 septembre 2024. Toutefois, il n'établit pas avoir sollicité en vain dans les délais légaux un rendez-vous en vue de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour et il n'a pas sollicité un rendez-vous en vue de demander la délivrance d'un premier titre de séjour notamment au cours des mois de mai et juin 2024 et au cours des trois premières semaines de juillet 2024, périodes au cours desquelles l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous n'est pas établie. En outre, les captures d'écran versées au dossier mentionnent des dates de consultation souvent tardives par rapport à la date de mise en ligne des dates de rendez-vous. Enfin, il ne ressort des pièces du dossier ni que M. A ait sollicité un rendez-vous entre le 12 septembre 2024 et le 11 octobre 2024, ni qu'il ait été impossible d'en obtenir un au cours de cette période. Il s'ensuit que le préfet de l'Isère n'a ni méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire français en 2010 à l'âge de six ans et qu'il s'y est maintenu depuis cette date, qu'il a été scolarisé dès son arrivé en France où il y est désormais inséré professionnellement, qu'il y a l'ensemble de sa famille composée de son frère et ses quatre sœurs, qu'il s'est vu délivrer à ses dix-huit ans un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui a été renouvelé en dernier lieu par une carte de séjour temporaire valable du 24 mars 2023 au 23 mars 2024. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu régulièrement en France de 2010 au 23 mars 2023 où il a été scolarisé tout en reconnaissant avoir eu des expériences en maçonnerie en Macédoine en 2019 et 2020. S'il se prévaut de la présence régulière en France de trois de ses quatre sœurs, il n'établit pas suffisamment l'intensité des liens les unissant tandis que ses parents sont en situation irrégulière, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine. La circonstance qu'il ait travaillé en qualité d'assistant de fabrication sous contrat en alternance à temps complet d'une durée de six mois aux mois d'avril, mai, juin puis septembre 2023 n'est pas de nature à lui conférer une insertion professionnelle particulière alors qu'il n'est titulaire d'aucun diplôme et se trouve sans profession et sans ressource à la date de la décision attaquée. Enfin, il est défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits de vol en réunion commis en août et septembre 2023. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions de séjour en France, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision, et méconnaîtrait, par suite, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

14. En sixième lieu, pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstances particulières, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

15. Pour les motifs déjà exposés ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen selon lequel la décision de refus de délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. La décision contestée vise notamment les articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 13, et en l'absence de tout élément particulier invoqué, le préfet de l'Isère en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, qui n'est pas entachée d'une erreur de fait, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. En troisième lieu, pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstances particulières, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

20. Il résulte de ce qui a été dit que M. A, qui n'a pas démontré l'illégalité des décisions du 11 octobre 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ne peut obtenir l'annulation de ces décisions. Il n'est, dès lors, pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision d'assignation à résidence.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.

Sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

22. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n°2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susmentionné : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

23. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Le présent jugement rejetant les conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à cet effacement.

Sur les frais de justice :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

S. HamdouchLa greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.