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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408051

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408051

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2024, Mme A D B, représentée par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 14 octobre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'OFII d'accéder à sa demande à compter du 14 octobre 2024 dans le délai de 48 heures courant à compter de la date de notification du jugement sous astreinte journalière de 100 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision en litige n'est pas suffisamment motivée ;

- le directeur de l'OFII n'a pas sérieusement examiné sa situation personnelle, entachant sa décision d'erreur de fait ;

- la décision en litige méconnaît les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité.

L'OFII a présenté un mémoire enregistré le 24 octobre 2024 par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Permingeat, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 555-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 28 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Permingeat, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Mathis, représentant Mme B.

L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ces observations, à 14 h 07.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise, serait entrée en France en mai 2024 pour y rejoindre son compagnon. En octobre 2024, elle a présenté une demande d'asile. Dans la présente instance, elle demande l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 14 octobre 2024 par laquelle le directeur de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir, d'injonction et d'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

4. La décision en litige comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle satisfait ainsi à l'exigence de motivation qu'imposent les dispositions citées au point 3. Le moyen tiré du vice de forme dont elle serait entachée doit donc être écarté.

5. Il est constant que Mme B n'a pas déposé de demande d'asile dans le délai institué par l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en rejetant sa demande pour ce motif, le directeur de l'OFII, qui a, ce faisant, examiné la situation de l'intéressée, n'a pas entaché sa décision d'erreur matérielle.

6. La réalité du récit de Mme B selon lequel, victime de violences conjugales, elle n'a pu déposer une demande d'asile qu'en octobre 2024, une fois séparée de son ancien compagnon qui l'empêchait d'entreprendre une telle démarche n'est pas établie. Il en résulte que Mme B ne justifie d'aucun " motif légitime ", car indépendant de sa seule volonté, au sens des dispositions citées au point 3. L'intéressée est par ailleurs célibataire et sans charge de famille. Elle indique bénéficier de l'assistance d'associations caritatives et n'établit pas être dans l'impossibilité de solliciter les dispositifs d'hébergement d'urgence. Dans ces circonstances, l'état de vulnérabilité qu'elle invoque n'est pas établi. Il en résulte que les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance, par la décision contestée, de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation dont cette décision serait entachée, doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B, doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

8. L'Etat n'étant pas partie perdante à la présente instance, les conclusions présentées par Mme B à son encontre doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

F. PermingeatLa greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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