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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408153

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408153

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantFRECHE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 octobre 2024 et le 5 novembre 2024, la société Nexity IR Programmes Alpes, représentée par Me Durand, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, à titre principal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le maire de Saint-Gervais-les-Bains a, au nom de l'Etat, ordonné l'interruption des travaux exécutés au titre du permis de construire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'ordonner, à titre subsidiaire, la suspension partielle de l'exécution de l'arrêté ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de Saint-Gervais une somme de 3 000 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

S'agissant de la condition d'urgence :

- l'urgence est caractérisée par les conséquences financières qu'entraînent l'arrêté attaqué, par la circonstance qu'elle ne sera pas en mesure de respecter l'échéance contractuelle visée au 31 mars 2026, qu'elle est exposée à des pénalités de retard estimées à 77 187, 10 euros, que ce sont 74 particuliers qui vont subir les conséquences d'un décalage de livraison, enfin que cela entraîne un préjudice d'image certain dans un contexte particulièrement tendu pour la promotion immobilière ;

S'agissant des moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté :

- sur le plan versé au dossier de permis de construire figurait le muret litigieux ;

- le muret implanté le long du domaine public n'est pas structurellement lié, ni attenant au bâtiment n°1, et ne forme pas en ensemble immobilier unique et n'avait pas à relever de la demande de permis de construire initial ou d'un " modificatif " ultérieur ;

- l'arasement est dispensé de formalités au titre des articles R. 421-19 et R. 421-21 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'a pas porté sur une superficie de plus de 100m² et sur une profondeur de plus de deux mètres ;

- le muret ne méconnaît pas l'article UA 6 du plan local d'urbanisme au sens où il ne s'agit pas d'une construction, qu'il mesure moins de deux mètres et que la fonction de soutènement n'est que secondaire puisqu'il a été construit pour être en cohérence avec l'alignement du mur préexistant ;

- le muret ne méconnaît pas l'article UA 11 du plan local d'urbanisme dès lors qu'il est d'une hauteur maximale d'un mètre et n'est pas de nature, au regard des environs du projet, à porter atteinte aux intérêts paysagers ;

- l'ouvrage litigieux est dissociable des autres constructions autorisées par le permis de construire et ne justifie pas la suspension totale des travaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2024, la commune de Saint-Gervais-les-Bains, représentée par Me Buffet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée le 9 octobre 2024 sous le numéro 2407747.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Jasserand, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Le Quang, pour la société requérante,

- les observations de Me Buffet, représentant la commune de Saint-Gervais.

En l'absence du préfet de la Haute-Savoie, non présent et non représenté.

Une noté en délibéré, enregistrée le 6 novembre 2024, a été produite pour la société Nexity IR Programmes Alpes.

Considérant ce qui suit :

1. La société Nexity IR Programmes Alpes a sollicité un permis de construire trois bâtiments collectifs et une maison individuelle, sur un terrain sis à Saint-Gervais-les-Bains. Le maire de la commune a accordé le permis de construire sollicité par arrêté du 29 décembre 2021. Un procès-verbal d'infraction a été dressé le 10 juillet 2024 portant sur la réalisation d'un mur en limite du domaine public en façade ouest du bâtiment 1. Par un arrêté du 11 septembre 2024, le maire de la commune a interrompu ces travaux.

Sur l'intervention de la commune de Saint-Gervais-les-Bains :

2. Le maire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains ayant pris au nom de l'Etat l'arrêté interruptif du 11 septembre 2024, les conclusions aux fins de rejet de la requête présentées par la commune de Saint-Gervais-les-Bains doivent être regardées comme une intervention au soutien des écritures du préfet de la Haute-Savoie. Les travaux litigieux portant sur des constructions qui se trouvent sur le territoire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains, celle-ci justifie d'un intérêt suffisant eu égard à l'objet du litige. Son intervention doit, par suite, être admise.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence doit être appréciée à la date à laquelle le juge des référés statue.

4. D'une part, la société requérante, entreprise de promotion immobilière, a conclu avec la société CDC Habitat un contrat de vente en l'état futur d'achèvement de 32 lots au sein des bâtiments 1, 2 et 3 pour un prix de vente de 2 572 930 ,66 euros. La date prévisionnelle de livraison est fixée, au plus tard, au 31 mars 2026. En raison de l'arrêté attaqué et des retards subséquents, elle s'expose à des pénalités de retard pour un montant de 77 187,10 euros. D'autre part, elle justifie de la souscription de contrats de vente en l'état futur d'achèvement avec des particuliers et dont les échéances de livraison sont fixées pour le bâtiment 1 au plus tôt le 31 décembre 2024, pour le bâtiment 2 au 30 juin 2025 et pour le bâtiment 3 au 30 septembre 2025. Dans ces conditions la condition d'urgence peut être regardée satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. ". Aux termes du 3ème alinéa de l'article L. 480-2 du même code : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux.

6. Des travaux qui relèvent en principe, en vertu des articles L. 421-4 et R. 421-9 du code de l'urbanisme, du régime de la déclaration préalable, doivent cependant être autorisés par un permis de construire, le cas échéant modificatif, dans les cas où, soit ils forment avec une construction déjà autorisée par un permis de construire en cours de validité et dont la réalisation n'est pas encore achevée un ensemble immobilier unique, soit, en l'absence même d'un ensemble immobilier unique, ils modifient une construction déjà autorisée et en cours d'achèvement.

7. Il résulte de l'instruction que la société requérante a procédé à la construction d'un mur en limite du domaine public en façade ouest du bâtiment 1. Si elle fait valoir que cet ouvrage est divisible du projet autorisé par le permis, elle admet, dans un courrier du 29 juillet 2024 que " le muret est nécessaire pour maintenir les terres du talus d'une des entrées et retenir certains réseaux ". Dans ces conditions, ces travaux doivent être regardés comme modifiant une construction déjà autorisée et en cours d'achèvement. La seule mention, à peine lisible, de ce mur dans le plan de masse des réseaux, sans qu'il ne soit reporté dans les autres plans de masse, de façade ou les projections graphiques, n'est pas de nature à faire regarder ces travaux comme ayant été autorisés par le permis de construire du 29 décembre 2021. Par suite le maire de Saint-Gervais-les-Bains était tenu, en application des dispositions précitées de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, et pour ce seul motif, d'en ordonner l'interruption.

8. En revanche, dans la mesure ou l'infraction relevée concerne uniquement le mur et le batiment 1, parfaitement dissociable des trois autres batiments autorisés par le permis de construire ainsi que le fait valoir la requérante, ce moyen est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté litigieux.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Nexity IR Programmes Alpes est seulement fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Saint-Gervais-les-Bains du 11 septembre 2024 en tant que cet arrêté prescrit l'interruption des travaux portant sur les bâtiments 2 et 3 et sur la maison individuelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la société Nexity IR Programmes Alpes tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. Par ailleurs, lorsqu'il lui est demandé de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient des articles L. 480-1 et L. 480-2 du code de l'urbanisme, le maire agit au nom de l'État. Ainsi, la commune de Saint-Gervais-les-Bains n'est pas partie à la présente instance au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces dispositions font obstacle à ce que la société Nexity IR Programmes Alpes verse une quelconque somme à la commune au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'intervention volontaire à l'instance de la commune de Saint-Gervais-les-Bains est admise.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du maire de Saint-Gervais-les-Bains du 11 septembre 2024 est suspendue en tant seulement que cet arrêté prescrit l'interruption des travaux sur les bâtiments 2 et 3 et sur la maison individuelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Nexity IR Programmes Alpes, au ministre du logement et de la rénovation urbaine et à la commune de Saint-Gervais-les-Bains.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Grenoble, le 12 novembre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

J. AC. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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