Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408324

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408324
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, était saisi par M. D A d'une demande de suspension des décisions implicites du préfet de l'Isère refusant le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction. Le tribunal a considéré que la délivrance d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction postérieurement au refus implicite n'avait pas pour effet d'abroger ou de retirer ce refus. Il a ainsi jugé que la condition d'urgence n'était pas remplie et a rejeté la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. B D A, représenté par Me Ghanassia, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions implicites par lesquelles le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour ainsi que son attestation de prolongation d'instruction, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet réexaminer sa demande de renouvellement dans un délai de quinze jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 24 heures sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une demande de renouvellement et est caractérisée dès lors que l'exécution de son contrat de travail est suspendue ;

- sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus implicite de titre de séjour les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles L. 233-2 et R. 233-15 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation ;

- sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus implicite de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-15-1 et R. 233-17 ainsi que de l'article R. 431-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'elle a délivré à M. D A une attestation de prolongation d'instruction valable du 6 novembre 2024 au 5 février 2025 de sorte que la décision implicite de rejet a été rapportée et que le requérant ne justifiait en toutes hypothèses pas de la situation d'urgence alléguée.

Vu :

- la requête enregistrée le 25 octobre 2024 sous le numéro 2408323 par laquelle M. D A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Ribeaud, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu de Me Ghanassia, représentant le requérant.

Me Ghanassia fait valoir que l'urgence perdure, que la discontinuité dans la délivrance d'attestations de prolongation d'instruction a fait perdre son emploi à son client et qu'il doit être enjoint au préfet de réexaminer sa demande de renouvellement.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A justifie avoir demandé le 17 octobre 2023 via la plateforme Anef le renouvellement de son titre de séjour d'un an en qualité de membre de la famille d'un ressortissant européen, titre qui était arrivé à expiration le 17 septembre 2023. Il s'est vu délivrer le 22 mars 2024 une attestation de prolongation d'instruction qui a expiré le 21 juin 2024.

2. Au vu de l'urgence qu'il y a à statuer sur la demande de M. D A, qui conclut au versement des frais de procès à son conseil, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

4. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande () ".

5. Néanmoins, il résulte de la combinaison des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour pendant un délai de quatre mois vaut décision implicite de rejet.

6. Ainsi la demande de renouvellement de titre de séjour formée par M. D A le 17 octobre 2023 a été implicitement rejetée à l'issue du délai cité au point précédent. La délivrance postérieure d'une attestation de prolongation d'instruction ne saurait à elle seule abroger ou retirer ce refus implicite.

7. Par ailleurs, la circonstance que le requérant a obtenu, à la suite d'une demande de titre de séjour, une attestation de prolongation d'instruction ne prive pas d'objet la demande de suspension du refus de renouveler son titre de séjour. Eu égard aux conséquences du refus de renouveler un titre de séjour sur la situation de l'intéressé, le juge des référés doit en principe regarder la condition d'urgence comme remplie lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension d'une telle décision.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de M. D A. La condition d'urgence est dès lors présumée satisfaite. Le préfet ne conteste pas utilement cette présomption en indiquant que le requérant ne justifie pas de sa situation de précarité ou de la suspension de son contrat de travail. L'urgence est donc établie.

9. En l'état de l'instruction alors que le préfet ne fait état d'aucun élément nouveau et ne conteste pas le droit au séjour de M. D A qui bénéficiait d'une carte de séjour en tant que membre de famille d'un citoyen de l'union européenne, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 233-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite en litige. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de son exécution.

10. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour de M. D A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

11. M. D A bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Ghanassia sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. D A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant le renouvellement du titre de séjour de M. D A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. D A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 800 euros à Me Ghanassia sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de M. D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. D A.

Article 5 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 5 décembre 2024.

La juge des référés,

A. C

Le greffier,

S. Ribeaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.