Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408391
mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2408391 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoire enregistrés les 30 octobre, 7 et 14 novembre 2024, Mme A B, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner au préfet de l'Isère de lui délivrer une convocation à un rendez-vous au guichet de la préfecture de l'Isère, au cours duquel elle pourra déposer physiquement sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 10 c) de l'accord franco-tunisien dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance et sous astreinte définitive de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance, sous astreinte définitive de 200 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; elle se trouve en situation irrégulière ; elle risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ; elle est parent d'un enfant français, pour lequel elle a l'autorité parentale et pour lequel elle subvient à ses besoins ; elle est privée de son droit de travailler ;
- la mesure est utile pour assurer les droits du requérant et mettre fin à la situation d'urgence ;
- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 et 13 novembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- La requérante n'a pas accompli les démarches nécessaires auprès de la préfecture compétente pour pouvoir procéder au changement de son adresse et ne démontre pas avoir pris contact avec les services de la préfecture de Savoie pour transférer son dossier ; en conséquence les services de la préfecture de l'Isère n'ont pas accès à son dossier et ne peuvent donc pas procéder à l'examen de sa demande ;
- Son dossier est incomplet. Une demande de pièce complémentaire a été transmise à l'intéressée le 10 septembre 2024 sur sa demande en date du 28 mars 2024, demande à laquelle la requérante n'a pas répondu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
3. Aux termes de l'article R.* 432-1, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2, du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26.". En outre, aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-12 : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile ".
4. Aux termes de l'article 10 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français () c) au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ". En application de ces stipulations, la délivrance du titre de séjour de dix ans à un ressortissant tunisien père d'un enfant français est subordonné, outre à des conditions de fond relatives à la relation filiale entretenue, à la régularité du séjour en France, ce qui s'entend tant de l'entrée que du séjour.
5. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
6. Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai mentionné au point 3, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, ressortissante tunisienne, mère d'un enfant français, a tenté, à trois reprises, de déposer une demande de titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français sur la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), les 30 novembre 2023, 28 mars 2024 et 23 septembre 2024. Le préfet de l'Isère fait valoir que la demande déposée le 28 mars 2024 sur le site ANEF serait incomplète et qu'une demande de pièce complémentaire a été transmise à Mme B le 10 septembre 2024. Mme B, qui ne conteste pas ne pas avoir transmis de visa ou justificatif d'entrée régulière en France dans le cadre de ses deux dernières demandes, conteste le fait qu'un tel justificatif soit exigé en pareille hypothèse, tant par l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que par l'accord franco-tunisien. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B était déjà titulaire d'un titre de séjour avant le dépôt de ses trois demandes mentionnées ci-dessus. Par ailleurs, ainsi qu'il est dit au point 4, la délivrance du titre de séjour de dix ans à un ressortissant tunisien père d'un enfant français est subordonné à la régularité du séjour en France, ce qui s'entend tant de l'entrée que du séjour. Dans ces circonstances, Mme B n'établit pas, en l'état, que son dossier serait complet. Dès lors, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de fixer un rendez-vous afin que la requérante puisse déposer physiquement son dossier de demande de titre de séjour, déjà déposée sur le site Anef, sont dénuées de toute utilité. Au surplus, à supposer que le motif pris du caractère incomplet du dossier pour refuser d'enregistrer sa demande de titre de séjour soit erroné en droit, la décision refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour constituerait une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Par suite, il serait demandé au juge des référés de prendre une mesure qui ferait obstacle aux décisions de refus qui ont été opposées à la requérante sur ses demandes de titre de séjour des 28 mars 2024 et 23 septembre 2024, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'injonction présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du même code et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 20 novembre 2024.
Le juge des référés,
C. VIAL-PAILLER
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.