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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2408439

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408439

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, Mme A D C, représentée par Me Mathis, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 16 septembre 2024 du préfet de l'Isère portant refus de délivrance de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter du prononcé de l'ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans un délai de 48 heures, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait et en droit et a été prise sans examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est mère d'un enfant français et est en droit d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 13 novembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, qu'il appartient à la requérante de déposer un dossier complet et qu'une attestation de prolongation d'instruction lui sera alors délivrée.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. B, magistrat honoraire, comme juge des référés ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2408440 ;

- les autres pièces du dossier ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 14 novembre 2024 à 10 heures au cours de laquelle ont été entendues Me Mathis et Mme C.

Des pièces ont été produites pour Mme C le 18 novembre 2024.

La clôture de l'instruction a été différée au 21 novembre 2024 à 16 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité togolaise, est entrée sur le territoire français le 7 septembre 2013 munie d'un visa long séjour " étudiant ". Elle s'est vue par la suite délivrer plusieurs titres de séjour en sa qualité d'étudiante valables jusqu'en 2018, puis une autorisation provisoire de séjour pour recherche d'emploi à l'issue de ses études. Par la suite, elle s'est maintenue en France sans titre de séjour. Ayant donné naissance le 12 mars 2023 à un fils reconnu par un ressortissant français, elle a sollicité un titre de séjour en qualité de mère d'enfant français. Le 12 juillet 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution d'une décision implicite du préfet de l'Essonne refusant de délivrer une carte d'identité française à son fils et enjoint à cette autorité de réexaminer sa demande. En dépit de cette injonction, aucune nouvelle décision n'a été prise à ce jour. Par courriel du 16 septembre 2024, Mme C a été informée par le ministère que son dossier avait été clôturé comme incomplet. Elle demande la suspension de cette décision qu'elle analyse en un refus de titre de séjour du fait que son dossier était complet.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence s'attachant aux procédures de référé, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

4. La clôture d'un dossier de demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier constitue une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier doit être regardé comme complet, même en l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, si celle-ci ne rend pas impossible l'instruction de la demande (CE 10 octobre 2024, n°494718).

5. Dans ses écrits en défense, le préfet de l'Isère ne fournit aucune explication justifiant la clôture du dossier de Mme C comme incomplet. Le courriel du 16 septembre 2024 ne précise pas davantage les motifs qui le fondent. Mme C soutient donc sans être contredite que la raison en est qu'elle ne produisait pas l'une des pièces listées à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour établir la nationalité française de son enfant.

6. En l'espèce, Mme C verse au dossier l'acte de naissance de son fils et la carte nationale d'identité du père de celui-ci. Ces documents rendaient possible d'instruire sa demande au regard de l'article 18 du code civil qui dispose que " est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". En conséquence, son dossier devait être regardé comme complet, de sorte que sa clôture constitue une décision de refus de titre de séjour susceptible d'être déférée devant le juge administratif.

7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

9. Dès lors que Mme C s'est maintenue irrégulièrement en France à l'expiration de son séjour en qualité d'étudiante, elle doit être regardée comme présentant une première demande de titre de séjour. Il lui appartient donc de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

10. Mme C est actuellement accueillie dans un hébergement avec son fils âgé de 18 mois, suite à l'ordonnance du juge des référés du 7 février 2024. Elle donc placée dans une situation particulière de précarité, sachant qu'elle ne peut cohabiter avec le père de son enfant qui est en instance de divorce. Elle justifie ainsi de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence.

11. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 16 septembre 2024.

Sur les demandes d'injonction :

12. La présente décision implique nécessairement que les services de la préfecture de l'Isère fixent un rendez-vous à Mme C. Elle implique également que lui soit délivré un document provisoire autorisant son séjour et lui permettant de travailler, pour autant que son dossier soit complet, dans le respect de ce qui a été dit au point 6. Il y a lieu de dire que ce rendez-vous devra intervenir dans un délai de trois semaines à compter de la notification de l'ordonnance et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard d'exécution.

13. En revanche, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la présente décision n'implique pas nécessairement la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce rendez-vous.

Sur les frais d'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mathis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mathis de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à Mme C.

O R D O N N E

Article 1er :Mme C est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision du 16 septembre 2024 est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme C qui devra intervenir dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance. Sous réserve que son dossier soit complet, dans le respect de ce qui est indiqué aux points 6 et 13 de la présente décision, il lui sera alors délivré un document provisoire autorisant son séjour et lui permettant de travailler. Ces injonctions sont assorties d'une astreinte de 100 euros par jour de retard d'exécution.

Article 4 :Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Mathis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mathis une somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 600 euros sera versée à Mme C.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D C, à Me Mathis et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 22 novembre 2024.

Le juge des référés,

C. B

La greffière,

E. Berot-Gay

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408439

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