Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2408946

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2408946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2024 du ministre de l'intérieur renouvelant pour trois mois une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance. Le tribunal a jugé que le ministre n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. B constituait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics, au sens des articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure. Il a également estimé que les obligations imposées (interdiction de quitter Grenoble, présentation quotidienne au commissariat) n'étaient pas disproportionnées au regard de la menace et des objectifs de prévention du terrorisme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la sécurité intérieure et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, M. A B, représenté par la SCP Gallo et Petiville, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a renouvelé à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer l'arrêté du 20 septembre 2024 en prévoyant une interdiction de quitter le département de l'Isère et l'obligation de se présenter une fois par semaine à l'hôtel de police de Grenoble.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la menace qu'il représente pour la sécurité et l'ordre public et son adhésion à des thèses terroristes ;

- les mesures de surveillance qui lui sont imposées portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, président-rapporteur,

- et les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 juillet 2024, modifié le 5 juillet, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à l'encontre de M. B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance pour une durée de trois mois. Par un second arrêté du 20 septembre 2024, il a renouvelé cette mesure pour une nouvelle durée de trois mois. M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / () / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / () ".

3. L'arrêté attaqué prévoit, pour une durée de trois mois, l'interdiction pour le requérant de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Grenoble, l'obligation de se présenter une fois par jour à 12 heures 30, tous les jours de la semaine y compris les dimanches et jours fériés ou chômés, au commissariat de police de Grenoble, et l'obligation de confirmer et justifier son lieu d'habitation dans un délai de vingt-quatre heures ainsi que tout changement de celui-ci.

4. En premier lieu, il ressort des éléments produits par le ministre en défense que M. B a connu très jeune un parcours de délinquant au cours duquel il a manifesté une forte hostilité à l'égard des forces de police et des institutions et qui lui a valu d'être placé en centre éducatif renforcé à 16 ans puis incarcéré à 21 ans, qu'il connaît le maniement des armes en ayant pratiqué notamment le tir à l'arc et le tir à armes à feu, qu'il a tenté en 2019 d'obtenir un permis de chasse en compagnie d'un ami appartenant à la mouvance de l'islam radical, qu'il s'est entraîné à plusieurs reprises aux parcours d'obstacles avec camouflage militaire, qu'il a tenté par deux fois de se rendre en Mauritanie et qu'il a effectué des recherches sur internet et détenait à son domicile des vidéos sur des thèmes en lien avec des actions violentes. Par ailleurs, M. B s'est uni en 2014 avec une personne pratiquante fondamentaliste, a diffusé à plusieurs reprises des vidéos ou des photographies faisant référence au djihadisme armé, possédait chez lui un grand nombre de vidéos et photographies en lien avec Al-Qaïda, l'Etat islamique et les talibans comme l'a révélé l'exploitation des données recueillies lors d'une visite domiciliaire effectuée en octobre 2020 et a déclaré au cours de son audition par les services de police se sentir idéologiquement proche d'Al-Qaïda dont il suivait la propagande.

5. Au vu de ces éléments, dont la matérialité est établie par les pièces produites en défense, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que M. B continuait de représenter une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et que son soutien et son adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes n'avaient pas cessé. Par suite, il a pu légalement renouveler à son encontre pour une durée de trois mois la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance dont il faisait l'objet.

6. En deuxième lieu, si M. B soutient que les mesures de surveillance et de contrôle qui lui sont imposées porteraient une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir, il n'assortit ce moyen d'aucune précision utile en se bornant à faire valoir l'ancienneté des faits qui ont justifié ces mesures, l'absence d'élément nouveau depuis 2021 et son respect absolu du précédent arrêté. Au regard du risque que son comportement fait peser sur la sécurité publique et en l'absence de critique sérieuse, les mesures édictées à son encontre n'apparaissent pas excessives.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le Président-rapporteur,

V. L'HÔTEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

G. LEFEBVRE

La greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408946