Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409010

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Isère refusant de renouveler le titre de séjour de M. D. Le juge a retenu que la condition d'urgence était remplie, en l'absence de preuve d'une fraude alléguée, et que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite créait un doute sérieux sur sa légalité. Il a enjoint à la préfète de prendre une décision explicite sous un mois et de délivrer un document provisoire de séjour sous huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Cette décision est fondée sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative et les articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2024, M. A E D, représenté par Me Zaiem, administrateur provisoire du cabinet de Me Borges de Deus Correia, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution des décisions implicites de la préfète de l'Isère refusant de lui renouveler son titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ;

2°) d'enjoindre à la préfète, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un nouveau titre de séjour et à défaut de réexaminer sa situation administrative et de lui notifier une nouvelle décision ; d'enjoindre à la préfète, sous astreinte de 50 euros par jour de retard de lui délivrer un nouveau récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour,

3°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- le refus de titre de séjour est entaché de vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, de défaut de motivation, d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de lui fixer un rendez-vous pour renouveler son récépissé méconnaît les articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 4 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle demande le renvoi de l'affaire dans l'attente des résultats des investigations sur l'existence d'une fraude et fait valoir, par ailleurs, que la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. B, magistrat honoraire, comme juge des référés ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2409006 ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 5 décembre 2024 à 10 heures 30 au cours de laquelle ont été entendus Me Zaiem, avocat de M. D, et M. C, représentant la préfète de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les demandes de suspension d'exécution :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sur ce fondement, M. D demande la suspension d'exécution des décisions implicites du préfet de l'Isère refusant, d'une part, de lui renouveler son titre de séjour et, d'autre part, de lui délivrer un récépissé.

- En ce qui concerne la demande de renvoi d'audience :

2. La préfète de l'Isère demande un renvoi d'audience dans l'attente de l'issue des investigations administratives et judiciaires sur une affaire de fraude à l'obtention de titres de séjour impliquant des agents de la préfecture et dont aurait bénéficié M. D. Toutefois, il ne peut être fait droit à cette demande compte tenu de l'urgence qui s'attache aux procédures de référé et de l'absence de tout horizon temporel quant aux enquêtes en cours.

- En ce qui concerne l'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Sauf circonstances particulières, cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

4. Les éléments évoqués par la préfète, tels que mentionnés au point 2, ne sauraient, en l'état, être regardés comme une circonstance particulière de nature à remettre en cause l'urgence de la situation, dès lors qu'à ce jour la fraude, qui ne se présume pas, n'est pas avérée.

- En ce qui concerne les moyens soulevés :

5. En l'état de l'instruction, seul le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de refus de titre de séjour est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

6. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner uniquement la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus de titre de séjour.

Sur les demandes d'injonction :

7. L'injonction de délivrer à M. D un titre de séjour aurait des effets identiques à la mesure d'exécution que l'autorité compétente serait tenue de prendre en cas d'annulation pour excès de pouvoir d'une telle décision. Elle excède ainsi la compétence du juge des référés.

8. En revanche, la présente décision implique nécessairement que la préfète de l'Isère prenne une décision explicite sur la demande de M. D et le mette, dans l'attente, en possession d'un document provisoire de séjour. Il y a lieu de lui fixer des délais respectifs d'exécution d'un mois et de huit jours et d'assortir ces injonctions d'une astreinte journalière de 50 euros.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme quelconque au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er :L'exécution de la décision implicite refusant un titre de séjour à M. D est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de prendre une décision explicite sur la demande de M. D et de le mettre, dans l'attente, en possession d'un document provisoire de séjour dans des délais respectifs d'exécution d'un mois et de huit jours à compter de la notification de la présente décision. Ces injonctions sont assorties d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A E D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 6 décembre 2024.

Le juge des référés,

C. B

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409010