Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409045

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme B qui demandait qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de lui délivrer un rendez-vous pour le renouvellement de son titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était plus remplie, la préfecture ayant convoqué l'intéressée à un rendez-vous le 13 décembre 2024 et maintenu son droit au travail jusqu'à cette date. La demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle a été accordée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 novembre et 3 décembre 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Poret demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de prendre toute mesures qu'il estimera utiles afin de faire cesser l'inégal accès au service public d'accueil des étrangers souhaitant déposer une demande de renouvellement de leur carte de séjour, la rupture de la continuité du service public, les atteintes aux droits élémentaires des étrangers ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un rendez-vous en vue de déposer et de faire enregistrer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente et sous délai de 48 heures, un document justifiant de son droit au séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : son titre de séjour va expirer le 29 novembre 2024 et malgré ses multiples tentatives, elle n'est pas parvenue à obtenir un rendez-vous en préfecture ; elle risque d'être placée en situation irrégulière ; elle risque de perdre son travail ainsi que le bénéfice des prestations sociales ; elle a des enfants et des charges à assumer ; elle se trouve dans une situation administrative, financière et professionnelle précaire ;

- la mesure est utile pour assurer les droits de la requérante et mettre fin à la situation d'urgence ;

- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.

Elle soutient que la requête a perdu son objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

3. Pour établir l'existence d'une urgence particulière qu'il y aurait à enjoindre à la préfète de l'Isère de lui accorder un rendez-vous afin de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, Mme B soutient qu'elle ne parvient pas, malgré ses tentatives, à obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de titre de séjour alors que sa carte de séjour temporaire a expiré le 29 novembre 2024. Toutefois, postérieurement à l'enregistrement de la requête, la préfète de l'Isère a, informé le juge des référés qu'elle avait délivré un rendez-vous à l'intéressée le 13 décembre 2024 en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre. Il résulte du document remis à l'intéressée que le droit au travail est maintenu jusqu'au jour du rendez-vous, dans les mêmes conditions que le titre arrivant à échéance. La préfète de l'Isère produit, d'ailleurs, la convocation à ce rendez-vous. Par ailleurs, la délivrance à la requérante d'un récépissé de sa demande d'admission au séjour est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture. Par suite, à la date à laquelle le juge statue, la requérante ne démontre pas l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans son ensemble.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C, et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 12 décembre 2024.

Le juge des référés,

C. VIAL-PAILLER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409045