Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409057
jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Schurmann, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de prendre toutes mesures qu'il estimera utiles afin de faire cesser l'inégal accès au service public d'accueil des étrangers souhaitant déposer une première demande de titre de séjour, la rupture de la continuité du service public, les atteintes aux droits élémentaires des étrangers souhaitant déposer une première demande de carte de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un rendez-vous afin de déposer une demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir et de lui délivrer, dans l'attente un récépissé, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : elle tente d'obtenir un rendez-vous sans succès depuis le mois de janvier 2024 et l'impossibilité de l'obtenir l'expose à une mesure d'éloignement et constitue une atteinte à ses droits ;
- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;
- la mesure est utile pour assurer ses droits et lui permettre de régulariser sa présence sur le territoire français ;
- les difficultés de prises de rendez-vous devant la préfecture de l'Isère constituent une atteinte au principe constitutionnel de continuité du service public et aux droits et libertés fondamentales des usagers ;
- il y a lieu de transmettre au Conseil d'État la question suivante sur le fondement de l'article L. 113-1 du code de justice administrative : " à partir de quel délai à compter de la demande de convocation, y a-t-il rupture de la continuité de service public pour un étranger qui souhaite soumettre une demande de titre de séjour et qui ne parvient pas à obtenir de convocation ' ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que l'urgence n'est plus caractérisée dès lors que l'intéressée ne démontre pas avoir pris contact avec les services de la préfecture pour signaler les difficultés de prises de rendez-vous et l'intéressée ayant actuellement un emploi, son incapacité à solliciter un titre de séjour n'implique pas une situation de précarité financière.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
2. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
3. Mme A, qui a fait l'objet a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 novembre 2022 à la suite du rejet de sa demande d'asile par Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 10 janvier 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA le 11 avril 2022, a sollicité à un rendez-vous en préfecture à compter du mois de janvier 2024 afin de déposer une première demande de titre de séjour, ainsi qu'il ressort des captures d'écran produites. En se bornant à soutenir que le délai anormalement long de délivrance d'un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande créé une situation d'urgence en la plaçant en irrégularité et lui faisant courir le risque de se voir obliger de quitter le territoire français, l'intéressée, qui indique être présente sur le territoire français depuis plus de dix ans, et qui était employée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel avant même ses démarches de régularisation de son séjour, n'établit pas l'existence d'une urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai, sous quinze jours et impliquant que sa demande de titre de séjour, qui a le caractère d'une première demande, soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de poser une question au Conseil d'État sur le fondement de l'article L. 113-1 du code de justice administrative, qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A en toutes ses conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivré à la préfète de l'Isère
Fait à Grenoble, le 12 décembre 2024.
Le juge des référés,
C. VIAL-PAILLER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2409057