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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2409248

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409248

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409248
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2024, M. C F C D et Mme B C E, représentés par Me Miran, demandent au tribunal :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de les orienter vers une structure d'hébergement d'urgence à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- l'urgence résulte de ce qu'ils dorment à la rue avec un nourrisson malade ;

- le défaut d'attribution d'un hébergement d'urgence constitue une violation des dispositions des articles L. 345-2, L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et une violation d'une liberté fondamentale.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les diligences accomplies par les services de l'Etat ne relèvent aucune carence caractérisée dans le cadre de l'obligation de mise à l'abri.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 29 novembre 2024 en présence de M. Palmer, greffier d'audience :

- le rapport de M. Pfauwadel,

- les observations de Me Miran, avocate de M. et Mme C D,

- les observations de Mme A, représentant la préfète de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. et Mme C D à l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () " et selon l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. M. et Mme C D, ressortissants du Sri Lanka arrivés en France au mois de septembre 2024, ont enregistré des demandes d'asile le 21 novembre 2024. Leur enfant né le 12 mars 2024, qui présente un neuroblastome métastatique hépatique et ostéo-médullaire, bénéficie d'un traitement oncologique du CHU de Grenoble. Mme C D a pu dormir auprès de lui à l'hôpital. M. C D a été hébergé par le 115 pendant une semaine, puis la famille l'a été pour une durée de deux semaines jusqu'au 26 novembre 2024 et elle a été placée en liste d'attente pour un hébergement dans le cadre de la procédure d'asile. Il ressort d'un courriel d'une assistante de service social du CHU du 27 novembre 2024 qu'alors même qu'il n'est hospitalisé qu'en journée, l'enfant du couple et sa mère peuvent désormais passer la nuit au service pédiatrique de l'hôpital, mais que Mme C D dort dehors à proximité. La préfète apporte quant à elle les éléments chiffrés actuels relatifs aux nombreuses demandes en cours de la part d'autres familles en situation de vulnérabilité et de la saturation des hébergements d'urgence malgré l'accroissement des capacités depuis dix ans, et indique que l'examen de la situation de la famille C D par la commission d'urgence a été fixé au 2 décembre 2024. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, les autorités de l'Etat ne peuvent être regardées, dans l'exécution de leur obligation d'assurer l'hébergement d'urgence des personnes sans abri, comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'injonction doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1990, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

ORDONNE :

Article 1er : M. et Mme C D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C D, à Me Miran, au ministre de la santé et de la prévention et au ministre du logement et de la rénovation urbaine. Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 5 décembre 2024.

Le juge des référés,

T. PFAUWADEL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au ministre du logement et de la rénovation urbaine chacun en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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