Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409267
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 4 |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 novembre 2024 et un mémoire enregistré le 29 novembre 2024, M. D E et M. B C, représentés par Me Candon, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2024 notifié le 26 novembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie les a mis en demeure de quitter dans le délai de 24 heures le terrain qu'ils occupent avec d'autres personnes à Annecy-le-Vieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté du préfet est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne mentionne pas l'arrêté interdisant le stationnement attaqué alors qu'il se fonde expressément sur l'article 9-I de la loi du 5 juillet 2000 et qu'ils ignorent tout de cet arrêté, jusqu'à son existence, en violation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il a été pris en violation l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 : il ne se fonde sur aucun arrêté réglementant le stationnement des gens du voyage à Annecy, en application de l'article 9-I de la loi du 5 juillet 2000 ; à supposer que cet arrêté existe, celui-ci, dont l'illégalité est soulevée par voie d'exception, serait lui-même illégal et non exécutoire ; premièrement, la commune d'Annecy relève de l'article 9 et non de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 ; deuxièmement, s'il existe, cet arrêté municipal n'est pas exécutoire car il n'a pas été transmis au préfet, ni affiché, ni publié au recueil des actes administratifs de la commune ; troisièmement, il est entaché d'incompétence s'il émane du maire d'Annecy, l'interdiction de stationnement relevant de la compétence du président de la communauté de communes qui exerce les pouvoirs de police des gens du voyage en application de l'article L. 5211-9-2 I du code général des collectivités territoriales ; quatrièmement, un arrêté du maire ou du président de la communauté de communes interdisant le stationnement serait illégal faute pour cette commune et pour l'EPCI d'avoir satisfait à toutes leurs obligations d'accueil des gens du voyage énoncées à l'article 1er de loi du 5 juillet 2000 et au schéma départemental d'accueil des gens du voyage de la Haute-Savoie 2019-2025 ;
- l'arrêté du préfet a été pris en violation de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence d'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ;
- la fixation d'un délai de seulement 24 heures est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées de la date de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pfauwadel,
- les observations orales de M. E et de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 18 novembre 2024 notifié le 26 novembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie a mis en demeure les personnes stationnées sans autorisation sur un terrain privé d'Annecy-le-Vieux depuis le 18 octobre 2024 de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures et les a informées qu'à défaut d'exécution de cette mesure, il pourrait faire usage de la force publique pour sa mise en œuvre. M. E et M. C demandent l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 : " I.- Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article ".
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. Si le préfet de la Haute-Savoie fait valoir que la mise en demeure est fondée sur l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 et sur l'interdiction de stationnement des résidences mobiles des gens du voyage prise le 5 août 2022 par le maire d'Annecy, la présidente de la communauté d'agglomération Grand Annecy ayant refusé le transfert de cette compétence, l'arrêté attaqué, qui précise qu'il est fondé sur l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000, ne fait pas mention de cet arrêté du maire d'Annecy. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'il est insuffisamment motivé et à en demander l'annulation.
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner l'Etat à verser aux requérants la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Savoie en date du 18 novembre 2024 portant mise en demeure de quitter dans le délai de 24 heures le terrain occupé à Annecy-le-Vieux est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à MM. E et C la somme globale de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E au titre des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et au préfet de la Haute-Savoie.
Fait à Grenoble, le 4 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
T. PfauwadelLe greffier
M. A
La république mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2409267