Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409283
jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409283 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 novembre 2024, Mme B A demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction.
Elle soutient que :
- Son titre de séjour a expiré le 26 novembre 2024 et qu'elle n'a donc plus de droits associés au séjour régulier ; elle a effectué sa demande de renouvellement le 1er septembre 2024 ; elle a adressé un mail aux services préfectoraux le 16 octobre 2024 et elle s'est rendue sur place à plusieurs reprises ; à ce jour, son dossier n'a pas encore été pris en charge par la préfecture.
Par un mémoire enregistré le 3 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- Son dossier est incomplet. Une demande de pièce complémentaire a été transmise à l'intéressée le 3 décembre 2024 pour sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Selon l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour. L'article R. 431-15-1 du même code dispose que : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. () / Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre. ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En outre, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.
3. Mme B A, ressortissante malienne, est titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant " valable du 27 novembre 2023 au 26 novembre 2024. Elle a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour le 1er septembre 2024. Elle soutient que malgré un mail adressé aux services préfectoraux et plusieurs déplacements en préfecture, son dossier n'a pas encore été instruit par la préfecture et qu'elle ne dispose à ce jour, d'aucun document provisoire attestant de la régularité de son séjour en France. Alors qu'elle a saisi le juge des référés le 27 novembre 2024 sur le fondement des dispositions rappelées au point 1 afin qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, la préfète de l'Isère fait valoir, aux termes de son mémoire en défense du 3 décembre 2024, que le dossier de la requérante déposé le 1er septembre 2024 sur le site ANEF, est incomplet et qu'elle a adressé une demande de pièce le 3 décembre 2024. Il résulte de l'instruction que Mme A a transmis, le jour-même, la pièce demandée, à savoir la copie de son passeport. Dans ces circonstances et alors que les services de la préfecture ne précisent pas que d'autres pièces seraient manquantes, ou qu'ils aient refusé d'enregistrer ce dossier au motif qu'il était incomplet, il y a lieu, s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour étudiant, et eu égard aux conséquences de ce retard dans l'instruction du dossier sur la situation personnelle de la requérante, notamment sur l'attribution de ses droits sociaux, de retenir la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par Mme A. Il y a lieu, également de retenir la condition d'utilité de la mesure sollicitée, laquelle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.
4. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Isère de poursuivre l'instruction du dossier de demande de renouvellement de titre de séjour présenté par Mme A et de lui délivrer, sous réserve du caractère complet de son dossier, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un document attestant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de poursuivre l'instruction du dossier de demande de renouvellement de titre de séjour présenté par Mme A et de lui délivrer, sous réserve du caractère complet de son dossier, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un document attestant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 12 décembre 2024.
Le juge des référés,
C. VIAL-PAILLER
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.