Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409339

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète de l'Isère de convoquer Mme B, ressortissante biélorusse, à un rendez-vous sous huit jours afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dont la validité expirait le 29 décembre 2024. La condition d'urgence a été reconnue en raison des vaines tentatives de l'intéressée pour obtenir un rendez-vous depuis plusieurs mois, malgré la régularité de son séjour. Le tribunal a toutefois rejeté la demande de délivrance immédiate d'un récépissé, celle-ci étant subordonnée à la complétude du dossier lors du rendez-vous. L'État a été condamné à verser 1 000 euros à Mme B au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2024, Mme C B, représentée par Me Margat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de la convoquer à un rendez-vous afin de déposer une demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut dans un délai de huit jours à compter du prononcé de l'ordonnance, et de lui délivrer à cette occasion un récépissé l'autorisant au séjour, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

2. Mme B, de nationalité biélorusse, a obtenu depuis le 1er septembre 2018 plusieurs cartes temporaires de séjour portant la mention " travailleur temporaire " puis " salarié ", dont la dernière est valable jusqu'au 29 décembre 2024. Elle fait valoir que malgré plusieurs tentatives, elle n'est pas parvenue à obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de renouvellement.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque l'étranger justifie n'avoir pu obtenir un rendez-vous malgré les démarches qu'il a accomplies à cette fin à plusieurs reprises, la condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous.

4. D'une part, la condition d'urgence n'est pas subordonnée au fait que l'étranger soit en séjour irrégulier. Elle peut être considérée comme remplie notamment si l'intéressé justifie avoir accompli en vain depuis plusieurs semaines des démarches pour obtenir un rendez-vous et que son titre en cours de validité expirera à brève échéance. Ainsi la circonstance relevée par la préfète de l'Isère selon laquelle Mme B est toujours en situation régulière ne fait pas obstacle à ce que l'urgence soit admise dès lors que le titre de séjour dont elle bénéficie actuellement expirera le 29 décembre 2024, soit dans environ deux semaines, et que Mme B produit de nombreuses captures d'écran attestant de ses vaines tentatives depuis septembre 2024 d'obtenir un rendez-vous. La préfète de l'Isère ne peut davantage invoquer les dispositions de l'article L. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui s'appliquent aux étrangers titulaires d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident, alors que la carte délivrée à Mme B avait une durée de validité d'un an seulement. Dans ces circonstances, la condition de l'urgence doit être regardée comme étant remplie.

5. La demande de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de lui délivrer un rendez-vous présente un caractère utile puisqu'elle lui permettra de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour et de voir son droit au séjour en France examiné. Elle ne se heurte par ailleurs à l'exécution d'aucune décision administrative.

6. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de donner, sous huit jours, un rendez-vous à Mme B dans un délai qui ne pourra excéder un mois afin de permettre à celle-ci de déposer sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. En revanche, la délivrance d'un récépissé étant subordonnée par les dispositions de l'article R. 431-12 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'admission à souscrire une demande, et notamment au caractère complet du dossier, il ne peut être enjoint à la préfète de délivrer un tel document, lequel ne pourra être remis qu'à l'issue du rendez-vous.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de délivrer à Mme B dans le délai huit jours suivant la notification de la présente ordonnance un rendez-vous qui ne pourra intervenir dans un délai excédant un mois, afin de permettre à l'intéressée de déposer sa demande de titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 12 décembre 2024.

Le juge des référés,

V. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.