Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409467

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a été saisi par la société Perié France d’un recours en excès de pouvoir contestant le rejet de son offre dans le cadre d’un marché public de fourniture d’une balayeuse aspiratrice. La société estimait avoir été injustement pénalisée sur plusieurs critères de notation par rapport à l’attributaire. Le juge a rejeté la requête comme manifestement irrecevable, faute pour la société de préciser le fondement juridique de son recours et de démontrer qu’elle serait lésée par un manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence. Il a rappelé qu’il n’appartient pas au juge du référé précontractuel de se prononcer sur l’appréciation des mérites respectifs des offres. La décision s’appuie sur les articles L. 551-1, L. 551-2, R. 222-1, R. 412-1 et R. 421-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2024, la société Perié France saisit le juge des référés, avant la signature du contrat, d'un recours contre la décision du 18 novembre 2024 par laquelle la commune de Saint-Gingolph n'a pas retenu son offre dans le cadre de l'appel d'offres public n° PRO25-001 concernant la fourniture d'une balayeuse aspiratrice autoportée.

Elle soutient que le 21 novembre 2024, elle a reçu un tableau de notation détaillant les critères ayant conduit à l'attribution du marché ; alors même qu'elle propose l'offre tarifaire la plus avantageuse, elle a été pénalisée sur certains aspects non comparables, et cela sans présentation ni évaluation directe de son matériel au travers notamment d'une démonstration ; en particulier, ses notes ont été réduites pour les critères suivants : • Confort de la cabine et facilité d'utilisation pour l'opérateur : -0,20 point par rapport à l'attributaire ; • Solidité des matériaux constitutifs et accessoires : -0,60 point par rapport à l'attributaire ; • Facilité d'installation et de démontage des accessoires : -0,20 point par rapport à l'attributaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public. Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". L'article L. 551-2 du même code dispose : " I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. () ".

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ".

3. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans les cas mentionnés à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation.". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

4. La société Perié France forme un recours contre la décision du 18 novembre 2024 par laquelle la commune de Saint-Gingolph n'a pas retenu son offre dans le cadre de l'appel d'offres public n° PRO25-001 concernant la fourniture d'une balayeuse aspiratrice autoportée.

5. Toutefois, la société Perié France ne précise pas le fondement juridique de sa demande et, en particulier, si elle entend se placer dans le cadre des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative régissant le référé précontractuel. Si la société Perié France a entendu saisir le juge des référés, avant la signature du contrat, d'un recours contre la décision du 18 novembre 2024, elle n'établit pas qu'elle serait susceptible d'être lésée par les manquements qu'elle invoque. Au surplus, et en tout état de cause, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel de se prononcer sur l'appréciation portée par la collectivité publique sur les mérites respectifs des offres. Par suite, la société Perié ne peut utilement soutenir que son offre aurait dû bénéficier de notes supérieures à celles de l'attributaire du marché sur les critères : Confort de la cabine et facilité d'utilisation pour l'opérateur-Solidité des matériaux constitutifs et accessoires-Facilité d'installation et de démontage des accessoires.

6. En second lieu, indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles.

7. A supposer que la société Perié France ait entendu saisir le tribunal administratif, postérieurement à la signature du marché, du recours mentionné au point 6, les dispositions de l'article R. 412-1 du code de justice administrative, rappelées au point 3, sont applicables au recours intenté par un concurrent évincé pour contester la validité d'un contrat administratif. D'une part, la société requérante ne produit pas, en l'état, le contrat en litige, ce en méconnaissance des dispositions de l'article R. 412-1 du code de justice administrative. Elle ne justifie pas davantage de diligences entreprises en vue de l'obtenir ni de l'impossibilité de se le procurer. D'autre part, sa requête se présente comme tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision rejetant son offre dans le cadre de l'appel d'offres public n° PRO25-001. Eu égard à ce qui a été dit au point 6 ci-dessus, une telle requête est manifestement irrecevable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Perié France doit être rejetée, en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société Perié France est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Perié France .

Fait à Grenoble le 3 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

C. Vial-Pailler

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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