Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409559
jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409559 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 décembre 2024, M. D A, représenté par Me Miran, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère rejetant sa demande de regroupement familial au profit de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de faire droit à sa demande et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- la décision est entachée de défaut de motivation, faute de communication de ses motifs, et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il remplit les conditions du regroupement familial prévues par l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu ;
- le refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 12 décembre 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la demande est toujours en cours d'instruction ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens n'est sérieux.
Vu :
- la décision du président du tribunal désignant M. B, magistrat honoraire, comme juge des référés ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2401509 ;
- les autres pièces du dossier ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 19 décembre 2024 à 10 heures 30 au cours de laquelle a été entendue Me Miran, avocate de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de suspension d'exécution :
1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
2. En l'espèce, M. A, ressortissant malien, a déposé le 9 août 2023 une demande de regroupement familial au profit de Mme C qu'il a épousée le 29 juin 2023. Faute de réponse dans le délai de six mois prévu par l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet est née, sans que la préfète de l'Isère puisse utilement faire valoir que l'instruction de la demande est toujours en cours.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
4. Plus de dix mois se sont écoulés depuis la naissance de la décision implicite litigieuse. Cette durée de traitement, qui excède largement le délai de réponse mentionné à l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conduit à une séparation matérielle prolongée de M. A et de son épouse, caractérisant une situation d'urgence, quand bien même l'intéressé et son épouse seraient en mesure de se rencontrer temporairement en France ou en Côte d'Ivoire ou celle-ci réside.
5. En l'état de l'instruction, tous les moyens analysés ci-dessus sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant le bénéfice du regroupement familial sollicité par M. A au profit de son épouse.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'injonction d'accorder à M. A le bénéfice du regroupement familial sollicité aurait des effets identiques à la mesure d'exécution que l'autorité compétente serait tenue de prendre en cas d'annulation pour excès de pouvoir de la décision attaquée. Elle excède ainsi la compétence du juge des référés.
8. En revanche, la présente décision implique nécessairement que la préfète de l'Isère prenne une décision explicite sur la demande de M. A. Il y a lieu de lui fixer à cet effet un délai d'exécution de quinze jours et d'assortir cette injonction d'une astreinte journalière de 100 euros.
Sur les frais d'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er :L'exécution de la décision implicite refusant le bénéfice du regroupement familial sollicité par M. A au profit de son épouse est suspendue.
Article 2 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de prendre une décision explicite sur la demande de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 3 :L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 19 décembre 2024.
Le juge des référés,
C. B
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2409559