Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409580
vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2409580 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2024, Mme C B A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Loire Atlantique de statuer dans les meilleurs délais, et au plus tard dans un délai de 5 jours, sur sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 17 juillet 2024 ;
2°) de condamner l'administration à des dommages et intérêts pour le préjudice subi, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qui permet au juge d'ordonner à l'administration de verser une somme d'argent en réparation du préjudice causé ;
3°) de condamner l'administration aux dépens de la présente instance, conformément à l'article R. 761-1 du code de justice administrative, qui prévoit que la partie perdante peut être condamnée aux frais de justice.
Mme C B A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; elle a reçu des attestations de prolongation d'instruction tous les 3 mois jusqu'à la dernière qui n'est plus valide depuis le 22 octobre 2024 ; pendant ce temps, son passeport a expiré le 18 août 2024 ; en raison de ce problème administratif, elle n'a pas pu valider son stage, ni travailler pour subvenir à ses besoins ; elle ne peut plus payer son loyer et sa bourse a été suspendue pour des raisons de situation irrégulière ;
- le délai légal pour traiter une demande de renouvellement de titre de séjour est de 4 mois ; le problème technique invoqué par l'administration ne saurait justifier un retard indéfini dans le traitement de sa demande malgré les relances faites.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. ".
3. En opérant une distinction entre les deux procédures de référé régies respectivement par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.
4. Par une demande déposée le 17 juillet 2023 sur la plateforme de l'agence nationale des étrangers en France (ANEF), Mme C B A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par la suite, Mme B A a reçu une attestation de prolongation d'instruction du 23 juillet 2024 au 22 octobre 2024.
5. Mme C B A, qui a déposé une demande complète de renouvellement de titre de séjour le 17 juillet 2023, fait état de la précarité de sa situation administrative et financière en raison de l'impossibilité d'obtenir son titre de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction. L'intéressée soutient, en particulier, qu'elle n'a plus d'attestation de prolongation d'instruction depuis le 22 octobre 2024, que son passeport a expiré le 18 août 2024, qu'en raison de ce problème administratif, elle n'a pas pu valider son stage, ni travailler pour subvenir à ses besoins, qu'elle ne peut plus payer son loyer et sa bourse a été suspendue pour des raisons de situation irrégulière. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser une urgence telle qu'elle appellerait une réponse immédiate du juge des référés dans les quarante-huit heures alors que sa dernière attestation de prolongation d'instruction a expiré le 22 octobre 2024. Par suite, alors que Mme B A peut saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, elle ne démontre pas, en l'état de l'instruction, que la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est satisfaite.
6. Au surplus, il résulte des dispositions rappelées au point 2 que le silence gardé pendant au plus quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître en principe une décision implicite de rejet. En l'espèce, l'instruction a pris fin avec l'intervention d'une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour dont la requérante pourrait demander la suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il n'est pas démontré en l'état que le préfet de l'Isère aurait porté une quelconque atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en ne délivrant pas à la requérante une nouvelle attestation de prolongation d'instruction postérieurement à la naissance de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B A doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 6 décembre 2024.
Le juge des référés,
C.Vial-Pailler
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.