Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409619

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409619
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B C, ressortissant tchadien, qui demandait qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de lui fixer un rendez-vous pour le renouvellement de son titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière exigée par cette procédure n'était pas remplie, les difficultés professionnelles et financières invoquées par le requérant ne présentant pas un caractère suffisamment immédiat et grave pour justifier une intervention dans un délai de quarante-huit heures. La demande a donc été rejetée comme manifestement mal fondée en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2024, M. B C, représenté par M. A, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui fixer une date de rendez-vous dans un délai de huit jours, de procéder à l'enregistrement de sa demande de renouvellement dans le même délai et de lui délivrer, le jour du rendez-vous, un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) dans l'hypothèse où il se verrait accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à son Conseil celui-ci s'engageant à exercer l'option prévue par cet article et à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ; de dire que, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. C, cette somme de 1 200 euros serait versée à ce dernier en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B C soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; le comportement du préfet de l'Isère l'a fait basculer du séjour régulier vers le séjour irrégulier ; depuis le 28 mai 2019, il travaille en tant qu'agent d'entretien, pour un revenu net mensuel d'environ 269 euros ; il est aussi accompagné par France travail afin de trouver un emploi complémentaire, et a bénéficié à ce titre de l'aide au retour à l'emploi ; dans le cadre de cet accompagnement, il a effectué une formation au sein de l'enseigne Carrefour, qui aurait souhaité l'embaucher ; toutefois, en l'absence d'autorisation de travail, cette démarche est impossible ; de plus, en raison de sa situation administrative, son employeur a été contraint de suspendre le renouvellement de son contrat de travail, alors même qu'il bénéficie de contrats de travail mensuels avec la même société depuis mai 2019 ; du fait du comportement du préfet de l'Isère, il se retrouve sans la moindre ressource ; il risque de s'endetter, de ne plus pouvoir assumer la charge de son loyer ;

- sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, le comportement du préfet de l'Isère révèle une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à mener une vie privée et familiale normale, à sa liberté d'aller et de venir et son droit au travail.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Considérant ce qui suit :

1. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de Monsieur C, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ou d'une demande au titre des mesures utiles de l'article L. 521-3 du même code, la demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 de ce code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

4. M. B C, né le 17 janvier 1972, ressortissant tchadien, s'est vu délivrer, depuis 2018, deux cartes de séjour temporaires et deux cartes de séjour pluriannuelles mention "vie privée et familiale". Sa dernière carte de séjour pluriannuelle expirait le 20 novembre 2024. Depuis septembre 2024, il tente d'obtenir un rendez-vous en préfecture afin de former une

demande de renouvellement de son titre de séjour et d'obtenir un récépissé.

5. M. B C soutient que le comportement du préfet de l'Isère l'a fait basculer du séjour régulier vers le séjour irrégulier, que depuis le 28 mai 2019, il travaille en tant qu'agent d'entretien, pour un revenu net mensuel d'environ 269 euros, qu'il est aussi accompagné par France travail afin de trouver un emploi complémentaire et a bénéficié à ce titre de l'aide au retour à l'emploi, que dans le cadre de cet accompagnement, il a effectué une formation au sein de l'enseigne Carrefour, qui aurait souhaité l'embaucher, que toutefois, en l'absence d'autorisation de travail, cette démarche est impossible, que de plus, en raison de sa situation administrative, son employeur a été contraint de suspendre le renouvellement de son contrat de travail, alors même qu'il bénéficie de contrats de travail mensuels avec la même société depuis mai 2019, que du fait du comportement du préfet de l'Isère, il se retrouve sans la moindre ressource et qu'il risque de s'endetter et de ne plus pouvoir assumer la charge de son loyer.

6. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser une urgence telle qu'elle appellerait une réponse immédiate du juge des référés dans les quarante-huit heures alors que M. C indique lui-même que sa dernière carte de séjour pluriannuelle expirait le 20 novembre 2024 et que ses difficultés à obtenir un rendez-vous en préfecture pour former une demande de renouvellement de son titre de séjour remontent à septembre 2024. Par suite, alors que M. C peut saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, il ne démontre pas, en l'état de l'instruction, que la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est satisfaite. Par suite, il y a lieu de rejeter sa requête selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B C doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 6 décembre 2024.

Le juge des référés,

C.Vial-Pailler

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.