Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409811

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409811
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension présentée par M. B. Le requérant contestait le refus implicite de la préfète de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour et une attestation de prolongation d'instruction. Le juge a estimé que la requête était mal fondée, d'une part car le requérant ne pouvait demander simultanément la suspension de deux décisions implicites incompatibles, et d'autre part car la condition d'urgence n'était pas établie. La décision a été prise en application des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Schurmann, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de la préfète de l'Isère refusant de lui délivrer un titre de séjour et de la décision implicite refusant de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère sous astreinte de 100 euros par jour de retard de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 2 mois à compter de la notification de l'ordonnance et une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour sous 48 heures ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a urgence : il est conjoint d'une ressortissante italienne et père d'un enfant italien ; il est privé de son droit au travail et de toute ressource alors qu'il doit subvenir aux besoins de son fils âgé de 20 mois ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée en raison : du défaut de motivation, de la méconnaissance de l'article R. 233-15 et de l'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 décembre 2024 sous le n° 2409810 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " L'article L. 522-3 du même code dispose toutefois que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "

2. D'une part, M. B ne peut tout à la fois demander au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour et de la décision implicite refusant de délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour. En effet, l'existence d'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, dont il est fondé à se prévaloir en l'absence de réponse du préfet au-delà du délai de 4 mois prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui interdit de se prévaloir du droit à être muni d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour en application de l'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, en cas de poursuite de l'instruction de sa demande au-delà du délai de 4 mois, il lui est loisible de renoncer à se prévaloir de l'existence juridique d'une décision implicite de rejet mais à se prévaloir du droit à être muni d'une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Par suite, sa requête est mal fondée pour ce premier motif.

3. D'autre part, Il résulte des dispositions rappelées au point 1 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que M. B indique être entré régulièrement en France en 2018 sous couvert d'un visa d'une durée de 30 jours. En revanche il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis lors. Il a épousé en France le 18 juillet 2024 une ressortissante italienne qui avait donné naissance à un enfant le 4 avril 2024 et que M. B a reconnu. Il est donc en situation irrégulière depuis 2018. De surcroit, il indique que sa compagne travaille mais ne donne pas d'indication sur la réalité des difficultés financières alléguées de la famille. Ainsi la seule circonstance qu'il s'est marié et qu'il est père d'un enfant qu'il doit élever n'est pas de nature à faire regarder la condition d'urgence comme remplie en l'espèce.

5. Par suite, sa requête peut être rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, ses conclusions d'injonction et les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 31 décembre 2024.

Le juge des référés,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.