Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2409976

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2409976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, était saisi par une ressortissante russe demandant une injonction de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction de son titre de séjour et une indemnisation pour perte de salaire. La préfète de l'Isère ayant délivré l'attestation sollicitée en cours d'instance, le juge a constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction. En revanche, les conclusions indemnitaires ont été rejetées, car elles se heurtaient à une contestation sérieuse et n'étaient pas précédées d'une demande préalable, ce qui excédait les pouvoirs du juge des référés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2024, Mme A B doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans les neuf jours ;

2°) de condamner l'Etat à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi pour un montant équivalent au montant de la perte salariale subie en raison de la suspension ou de la résiliation de son contrat de travail.

Elle soutient que :

- la préfète de l'Isère n'a pas examiné sa situation dans un délai raisonnable et n'a pas assuré la continuité de la légalité de son séjour ; elle a retardé excessivement le traitement de sa demande de titre de séjour et ne lui a pas fourni d'attestation de prolongation d'instruction ;

- la préfète de l'Isère méconnaît la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle est privée de son droit au travail ;

- la perte de son emploi entraine un préjudice économique direct.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2025, la préfète de l'Isère conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle fait valoir qu'elle a délivré à Mme B une attestation de prolongation d'instruction valable du 2 janvier 2025 au 1er avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Mme B, ressortissante russe, demande au juge des référés d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans les neuf jours et de condamner l'Etat à lui verser une réparation d'un montant équivalent au montant de la perte salariale subie en raison de la suspension ou de la résiliation de son contrat de travail.

4. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, la préfète de l'Isère a délivré à Mme B l'attestation demandée. Dans ces circonstances, les conclusions à fin d'injonction de Mme B ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu de statuer sur celles-ci.

5. S'agissant, des conclusions à fin d'indemnisation, outre qu'il n'est pas établi que cette demande a été précédée d'une demande préalable adressée à l'administration, une telle condamnation ne peut être considérée comme ne se heurtant à aucune contestation sérieuse et saurait, dès lors, être prononcée par le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Ces conclusions doivent ainsi être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de Mme B.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 6 janvier 2025.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24099762