Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2410028
vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2410028 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Alampi, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient :
- que l'urgence est caractérisée ; son titre de séjour est expiré depuis le 19 décembre 2024 et il perdra son droit de travailler alors qu'il a été recruté en qualité de consultant par un contrat à durée indéterminée du 9 octobre 2023 ; il a déposé le 6 novembre 2024 sur le site de l'ANEF une demande de renouvellement de titre de séjour et une attestation de dépôt lui a été transmise ;
- qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit de travailler et au respect de sa vie privée et au droit de mener une vie privée normale alors qu'il a présenté un dossier complet en préfecture, qui refuse de l'enregistrer.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Isère qui n'a pas défendu.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 décembre 2024 à 16h00, en présence de Mme Royer, greffière :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Alampi, représentant M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur. "
3. Lorsqu'il est saisi sur le fondement des dispositions citées ci-dessus et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, il appartient au juge des référés de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai.
4. M. C, ressortissant marocain, est arrivé en France le 3 septembre 2018 avec un visa étudiant, valant titre de séjour, valable jusqu'au 14 septembre 2018. Son titre de séjour " étudiant " a été régulièrement renouvelé jusqu'au 1er octobre 2023 puis il a obtenu un titre de séjour " recherche d'emploi " valable du 20 décembre 2023 au 19 décembre 2024. Il a été embauché en qualité de consultant, par la société Kirving, par contrat de travail du 9 octobre 2023. Avant l'expiration de son titre de séjour, le requérant a entrepris les démarches en vue d'obtenir son changement de statut. M. C soutient, qu'il a déposé le 6 novembre 2024 sur le site de l'ANEF sa demande et une attestation de dépôt lui a été transmise. Toutefois, il n'arrive pas à obtenir la délivrance de l'attestation mentionnée à l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'autorisant à travailler. Il n'est ni soutenu ni même allégué que le dossier de M. C ne serait pas complet. En outre, il résulte de l'instruction que son contrat à durée indéterminée sera suspendu s'il n'arrive pas à obtenir une attestation et qu'il perdra toutes ses ressources. M. C justifie ainsi d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. En outre, dans ces circonstances, M. C, qui a entrepris toutes les démarches nécessaires pour déposer sa demande de renouvellement de titre en temps utile, est fondé à invoquer une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales reconnues aux étrangers en situation régulière, en particulier à sa liberté d'aller et venir ainsi qu'à son droit au travail.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Isère de délivrer à M. C une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 000 euros à verser à M. C.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de délivrer à M. C une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Une somme de 1 000 euros est mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 20 décembre 2024.
Le juge des référés,
J. P. A
La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.