Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2410219

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2410219
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête en référé liberté (article L.521-2 du code de justice administrative) de M. A, qui contestait l'inertie de la préfecture de l'Isère face à sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 5 juin 2024. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière, nécessaire pour statuer sous 48 heures, n'était pas remplie, l'intéressé ayant lui-même indiqué que son visa avait expiré le 11 septembre 2024. Il a également relevé qu'une décision implicite de rejet était née après quatre mois de silence de l'administration, conformément aux articles R.432-1 et R.432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que M. A pouvait contester cette décision par la voie du référé suspension (article L.521-1).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 décembre 2024, M. C B A sollicite l'intervention du juge des référés dans le cadre d'un référé suspension (article L.521-1 du code de justice administrative) et référé liberté (article L.521-2 du même code) pour contester l'inertie de la préfecture concernant sa demande de titre de séjour déposée le 5 juin 2024 ; il demande d'enjoindre à la préfecture de procéder à la délivrance de son titre de séjour ou, à défaut, de lui fournir une attestation provisoire, sous astreinte financière.

M. A soutient que :

- son ancien visa valant titre de séjour devait expirer le 11 septembre 2024 ; il a fait sa demande de renouvellement le 6 juin 2024 ; il est dans une situation critique en raison de l'absence

de délivrance ou de renouvellement de son titre de séjour, ce qui a des conséquences graves sur sa vie professionnelle et personnelle ; l'administration de son établissement scolaire exerce une pression constante pour obtenir un justificatif de son titre de séjour, condition essentielle pour maintenir ses droits d'étudiant ;

- la situation actuelle constitue une violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, garantissant le droit au respect de la vie privée et familiale ; elle constitue une violation de son droit au travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. ".

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ou d'une demande au titre des mesures utiles de l'article L. 521-3 du même code, la demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 de ce code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

4. M. A soutient que son ancien visa valant titre de séjour devait expirer le 11 septembre 2024, que l'absence de régularisation de sa situation administrative l'empêche non seulement de signer le contrat d'apprentissage qui avait été validé par son futur employeur, mais qu'elle a également conduit à la perte définitive de cette opportunité essentielle à son projet professionnel.

5. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser une urgence telle qu'elle appellerait une réponse immédiate du juge des référés dans les quarante-huit heures alors que M. A soutient, lui-même, que que son ancien visa valant titre de séjour est expiré le 11 septembre 2024. Par suite, alors que M. A peut saisir le juge des référés sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-3 du code de justice administrative, il ne démontre pas, en l'état de l'instruction, que la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est satisfaite.

6. Au surplus, à supposer que M. A ait déposé une demande de renouvellement de titre de séjour complète, il résulte des dispositions rappelées au point 2 que le silence gardé pendant au plus quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître en principe une décision implicite de rejet. En l'espèce, l'instruction a pris fin avec l'intervention d'une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour dont le requérant pourrait demander la suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il n'est pas démontré, en l'état, que la préfète de l'Isère aurait porté une quelconque atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en ne délivrant pas au requérant une nouvelle attestation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction postérieurement à la naissance de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour dont il ne démontre pas l'illégalité en l'état.

7. Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

8. En outre, aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " () A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ".

9. M. A présente, également, des conclusions à fin de suspension de l'exécution d'une décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Toutefois, le requérant ne justifie pas avoir déposé une requête tendant à l'annulation de la décision attaquée. Il ne produit pas davantage, dans le cadre de l'instance en référé, de copie de la requête aux fins d'annulation de cette décision en méconnaissance des dispositions de l'article R. 522-1 du code de justice administrative citées au point 8.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 26 décembre 2024.

Le juge des référés,

C.Vial-Pailler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.