Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500106

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPORET

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour opposée par la préfète de l'Isère à Mme B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était plus remplie, la préfecture ayant convoqué la requérante pour la délivrance d'un récépissé. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans examen des moyens soulevés (méconnaissance des articles L. 423-23 du CESEDA et 8 de la CEDH). L'aide juridictionnelle provisoire a néanmoins été accordée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2025, Mme C B, représentée par Me Poret, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé, l'autorisant à travailler, sans délai à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ou subsidiairement de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé, l'autorisant à travailler, sans délai à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision n'est pas motivée en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ; elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'elle a délivré un rendez-vous en préfecture pour le renouvellement de son récépissé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2500107.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 21 janvier 2025 au cours de laquelle le rapport de Mme A a été entendu en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

4. En l'espèce, la préfète de l'Isère s'est engagée à délivrer un récépissé à la requérante et, pour ce faire, lui a adressé une convocation pour un rendez-vous le 14 janvier 2025. Dans ces conditions, au jour de la présente ordonnance, la condition d'urgence n'apparaît plus remplie. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction contenues dans la requête.

Sur les frais d'instance :

5. La présente ordonnance constate que l'une des conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie. Faute pour la requérante de s'être désistée de ses conclusions aux fins de suspension, elle doit être considérée comme partie perdante et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er :Mme B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Poret et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

Le juge des référés,

J. A

La greffière,

A-A. Grimont

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500106