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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500113

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500113

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500113
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGHANASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Ghanassia, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction dans les vingt-quatre heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il y a urgence dès lors que ne pouvant justifier de son droit au séjour, il ne peut travailler ni prétendre à aucun droit ;

- l'abstention de la préfète de l'Isère à lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté de travailler consacrée par le préambule de la Constitution de 1946.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors que le dossier de M. A n'est pas complet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2025, en présence de Mme Jasserand, greffière :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les observations de Me Ghanassia, représentant M. A qui demande également qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de lui délivrer un rendez-vous immédiat afin qu'il puisse retirer en mains propres le document devant lui être remis.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. M. A, de nationalité tunisienne, a déposé le 6 août 2024, par l'intermédiaire du téléservice ANEF, une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de père d'un enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait valoir qu'aucune attestation de dépôt ne lui a été remise et qu'il ne dispose d'aucun document lui permettant de justifier de son droit au séjour durant l'instruction de sa demande. Il sollicite en conséquence du juge des référés qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. () ". L'arrêté du 31 mars 2023, qui figure à l'annexe 9 de ce code, prévoit que sont effectuées au moyen du téléservice " à compter du 5 avril 2023, les demandes de cartes de séjour temporaires, de cartes de séjour pluriannuelles, de cartes de résident et de certificats de résidence algériens délivrés en application des articles L. 411-1, L. 411-4, L.423-7, L. 423-8 et L. 423-10 du même code ".

5. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que la demande de titre de séjour présentée par M. A ne relève pas de la procédure prévue à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en s'abstenant de lui délivrer un récépissé, la préfète de l'Isère n'a pas commis une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. En second lieu, si M. A a fait valoir, au cours de l'audience publique, que les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispensent l'étranger qui présente une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français d'être en possession d'un visa de long séjour, il n'en demeure pas moins que les dispositions de l'article R. 431-15-1 du même code prévoient la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction lorsque l'instruction de la demande " se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu ". Or le requérant ne justifie pas avoir été en possession d'un quelconque document de séjour, fut-il d'une nature autre que celle d'un visa de long séjour. Il suit de là qu'en s'abstenant de délivrer au requérant une attestation de prolongation d'instruction, la préfète de l'Isère n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Ghanassia et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 9 janvier 2025.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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