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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500268

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500268

mercredi 15 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500268
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPORET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2025, Mme A C, représentée par Me Poret, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner à la préfète de l'Isère, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de l'orienter ainsi que les membres de sa famille vers une structure d'hébergement d'urgence à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence résulte de ce que sa famille est privée d'un hébergement stable, qu'elle est enceinte, qu'elle a deux enfants mineurs dont l'une a dû être hospitalisée ;

- le défaut d'attribution d'un hébergement d'urgence constitue une violation des dispositions des articles L. 345-2, L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et une violation d'une liberté fondamentale.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les diligences accomplies par les services de l'Etat ne relèvent aucune carence caractérisée dans le cadre de l'obligation de mise à l'abri.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 14 janvier 2025 en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Poret, avocate de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, Mme C est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () " et selon l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Mme C, entrée en France en septembre 2023 avec son époux et ses deux enfants nés en 2015 et 2017, a déposé un recours amiable DAHO auprès de la commission de médiation de l'Isère sur le fondement de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation et par une décision du 17 octobre 2024, celle-ci l'a reconnue prioritaire. N'ayant reçu aucune proposition d'hébergement, elle a saisi le 24 décembre 2024 le juge des référés qui, par l'ordonnance n° 2410209 du 27 décembre 2024, a enjoint à la préfète de l'Isère, qui n'avait pas conclu en défense, de proposer à Mme C et à sa famille un lieu susceptible de les accueillir, dans un délai de cinq jours.

6. Mme C a présenté une nouvelle requête sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, enregistrée le 13 janvier 2025, par laquelle elle demande qu'il soit de nouveau enjoint à la préfète de l'Isère de l'orienter avec et les membres de sa famille vers une structure d'hébergement d'urgence, l'hébergement dont ils bénéficient depuis le 26 décembre 2024 devant prendre fin le 14 janvier 2024. Elle produit une attestation du responsable de l'association Les amis de Saint Martin de Seyssins et d'ailleurs selon laquelle le 115 a demandé à sa famille de quitter cet hébergement d'urgence mardi 14 janvier 2025 pour permettre l'orientation d'une nouvelle famille en précarité et reconnue prioritaire.

7. La préfète de l'Isère fait valoir que c'est le Service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) de l'Isère qui a orienté Mme C et sa famille vers l'hébergement temporaire bénévole de l'association Les amis de Saint Martin de Seyssins, que son orientation vers un hébergement du parc d'hébergement d'urgence pérenne de l'Etat a été validé par la commission d'urgence le 13 janvier 2025 et que le SIAO prendra l'attache de la famille pour organiser son admission dans le dispositif.

8. La requérante justifie qu'elle-même et les membres de sa famille ne peuvent plus bénéficier d'un hébergement à compter du 14 janvier 2025 et qu'ils vont ainsi se retrouver à la rue par des températures hivernales alors qu'elle est enceinte et qu'elle a deux enfants de 7 et 9 ans dont l'une a été hospitalisée pendant cinq jours à la suite d'une infection des reins. Par ailleurs, la validation par la commission d'urgence de l'orientation de la famille vers un hébergement du parc d'hébergement d'urgence pérenne de l'Etat n'établit pas que la famille pourra bénéficier d'un tel hébergement à bref délai. Aucun élément n'est produit quant aux solutions d'hébergement des familles comprenant des femmes enceintes dont dispose l'autorité administrative compétente et leur niveau de saturation. Enfin, si le SIAO a orienté Mme C et sa famille vers un hébergement temporaire bénévole, c'est seulement après que celle-ci ait saisi le juge des référés. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, la carence de l'Etat dans son obligation d'assurer l'hébergement d'urgence de Mme C et sa famille doit être regardée comme faisant apparaître une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de prendre en charge la requérante et sa famille dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 30 euros par jour de retard, passé ce délai.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de proposer à Mme C et à sa famille un lieu susceptible de les accueillir, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et ce sous astreinte de 30 euros par jour de retard.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Poret et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation et au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 15 janvier 2025.

Le juge des référés,

T. B

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation et au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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