Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500419
mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2500419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 janvier 2025 et deux mémoires enregistrés le 27 janvier 2025, M. B A C, représenté par Me Rahache, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir :
- l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination
- l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet l'Isère l'a assigné à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère ou à tout préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an dans le délai qu'il plaira au tribunal de fixer, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
M. A C soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure dans la mesure où, compte tenu de ses conditions de notification, il est intervenu en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable instituée par l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
- le préfet de l'Isère n'a pas examiné sérieusement sa situation avant de lui opposer le refus de titre de séjour en litige ;
- il peut prétendre à l'obtention d'un titre de séjour dans la mesure où il remplit les conditions du 7°) de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ce refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette obligation méconnaît le droit au séjour qu'il tire de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette obligation est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive l'assignation à résidence de base légale ;
- l'assignation en litige n'est pas suffisamment motivée ;
- le préfet de l'Isère n'a pas examiné sa situation avant de prendre cette décision ;
- cette assignation est dépourvue de base légale en l'absence de notification et donc de caractère exécutoire de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.
Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2025, par lequel il conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Permingeat, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 615-2, L. 614-1, L. 911-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 27 janvier 2025, a été entendu le rapport de Mme Permingeat, magistrat désigné.
L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ce rapport, à 14 h 06.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en décembre 2017 où il s'est maintenu en situation irrégulière. Il a épousé, en janvier 2022, une ressortissante française puis a déposé une demande de titre de séjour en janvier 2023. Dans la présente instance, il demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours. Assigné ultérieurement à résidence par arrêté du 13 janvier 2024, il demande également l'annulation de cet acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir :
En ce qui concerne l'arrêté du 2 octobre 2024 pris dans son ensemble :
2. D'une part, si les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui ont remplacé celles de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, prévoient que l'intéressé doit être préalablement mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, le refus de titre de séjour en litige est régi par les dispositions particulières du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, parce qu'extérieures et postérieures aux motifs et dispositif d'un acte administratif, ses conditions de notification ne sont pas de nature à l'entacher d'illégalité. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer l'irrégularité affectant la notification de l'arrêté du 2 octobre 2024 pour soutenir que cet acte aurait été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire édictée par l'article 24 de la loi du 12 avril 2000.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. Il ressort de l'arrêté en litige que le préfet de l'Isère a pris en considération l'union de M. C avec une ressortissante française. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère n'a pas pris en compte sa situation matrimoniale et, par suite, n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle. Le moyen correspondant doit donc être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories () qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
5. M. C, en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, entre dans une des catégories ouvrant droit au bénéfice du regroupement familial. Il ne peut, par suite, se prévaloir des dispositions précitées.
6. Les pièces produites par M. C ne justifient de sa présence en France que depuis l'année 2019, soit depuis 5 ans à la date du refus en litige alors qu'il a vécu dans son pays d'origine le reste de son existence. Il s'est par ailleurs maintenu sur le territoire national en situation irrégulière et ne produit pas de preuves d'une intégration sociale particulière. Sur un plan familial, son union avec son épouse de nationalité française, célébrée en janvier 2022, était encore, en octobre 2024, relativement récente et aucun enfant n'en est issu. Il garde par ailleurs des liens familiaux en Tunisie où résident ses parents et tous ses frères et sœurs. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour contesté porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance, par cet acte, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales doit donc être écarté.
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant le refus de titre de séjour doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. Pour les motifs exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance, par l'obligation de quitter le territoire français en litige, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant cette décision doivent être écartés.
9. Pour les motifs exposés au point 5, M. C ne peut se prévaloir du droit au séjour qu'il soutient détenir par application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui ferait obstacle à son éloignement du territoire français.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré () ".
11. En l'espèce, il ressort du récépissé de demande de titre de séjour délivré à M. A C le 30 juillet 2024 que les services de la préfecture de l'Isère avaient été informés par l'intéressé dès cette date de son changement d'adresse puisque c'est sa nouvelle adresse grenobloise située au 14 rue René Thomas qui figure sur ce document. Or, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours prise à son encontre le 2 octobre 2024 lui a été notifiée à son ancienne adresse. L'intéressé n'en a ainsi pas eu connaissance avant sa présentation en préfecture le 13 janvier 2025. Il en résulte qu'à cette date, le délai de départ volontaire de 30 jours qui lui avait été accordé n'était pas échu et que, par suite, le préfet de l'Isère ne pouvait légalement l'assigner à résidence sur le fondement des dispositions précitées.
12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet de l'Isère a assigné M. A C à résidence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens que le requérant invoque à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. L'annulation prononcée au point 12 n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées en ce sens par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet de l'Isère a assigné M. A C à résidence est annulé
Article 2 : L'Etat versera à M. A C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
F. PermingeatLe greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.