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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500529

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500529

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant bangladais, contestant l'arrêté préfectoral du 17 décembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la courte durée de son séjour en France et de l'absence d'attaches familiales solides. Il a également écarté le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention, faute de preuve de risques personnels et actuels en cas de retour au Bangladesh. La requête a été rejetée dans son ensemble, incluant les demandes d'annulation de l'interdiction de retour et de suppression du signalement Schengen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2025, M. A B représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de supprimer son signalement du système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- Elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- Elle est entachée d'erreur de fait ;

- Elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- Elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- Elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas motivée ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa durée.

Des pièces ont été transmises par le préfet de la Savoie le 4 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pollet,

- les observations de Me Cans, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais, né le 9 mai 2002, est entré sur le territoire français le 24 octobre 2023. Par une décision du 14 février 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 octobre 2024, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 17 décembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français durant une période de deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. B, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux, pour l'ensemble des décisions qu'il contient, vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'une erreur de fait.

4. En deuxième lieu, alors que la décision fait état de la prise en considération d'éléments propres à la situation de M. B, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et réside en France depuis moins de deux ans. Il ne prétend pas avoir des attaches familiales en France ni être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans et où réside sa mère. La seule circonstance que M. B suit des cours de français ne saurait suffire à justifier qu'il a constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet n'a pas davantage entaché l'arrêté en litige d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. B se prévaut de ce qu'il risque pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine en raison d'un conflit foncier et de fausses accusations de commission de crime. Néanmoins, sa demande d'asile a été rejetée, le 14 février 2024, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, le 7 octobre 2024, par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de la contestation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté. Par ailleurs, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de la contestation de la décision portant interdiction de quitter le territoire français doit également être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. En l'espèce, l'arrêté, qui indique que M. B n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement non exécutée, réside de manière récente sur le territoire français sur lequel il n'a tissé aucun lien, prend en compte les critères précités et mentionne que l'intéressé ne représente pas une menace à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 25 février 2025, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

La rapporteure,

MA POLLET

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500529

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