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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500686

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500686

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 janvier 2025 et le 25 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Poret, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il revient à la préfecture d'établir que l'Espagne a donné son accord à sa réadmission le 27 septembre 2024 ;

- il méconnait les articles L. 572-1 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 26-2° du règlement n°604/2013 ;

- il méconnait l'article 5.5 du règlement n°604/2013 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pollet, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu et les observations de Me Poret, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté contesté du 16 janvier 2025, la préfète du Rhône a décidé de la remise de M. B aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, les autorités espagnoles ont expressément donné leur accord à la prise en charge de M. B par une décision du 27 septembre 2024 produite par la préfète du Rhône.

6. En troisième lieu, l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que toute décision de transfert notifiée à l'intéressé " mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". L'article L. 141-3 du même code dispose que " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire./ En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. "

7. Les modalités de notification d'une décision sont sans influence sur sa légalité. Ainsi, M. B ne peut utilement se prévaloir, pour demander l'annulation de la décision litigieuse, de la circonstance que, lors de la notification de cette décision, effectuée avec le recours à un interprète intervenant par téléphone, ces dispositions ont été méconnues.

8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs, le requérant ne peut davantage utilement invoquer la méconnaissance du paragraphe 2 de l'article 26 du règlement, ces dispositions étant relatives aux modalités de notification de la décision dont il demande l'annulation.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un entretien individuel conformément aux dispositions précitées. Aucune disposition de ce règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'implique que l'agent chargé de mener l'entretien soit tenu de mentionner son nom sur la fiche relatant cet entretien, ni qu'il y appose sa signature afin d'être identifié. Le compte-rendu de l'entretien indique qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture de l'Isère dont il mentionne les initiales et comporte le cachet de la préfecture de l'Isère. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

11. En dernier lieu, eu égard au caractère récent de son entrée sur le territoire français, à la durée et aux conditions de son séjour en France, quand bien même son père, son oncle et sa tante résident sur le territoire français, M. B n'établit pas l'existence d'une vie privée et familiale ancienne, stable et ancrée en France. Si soutient que la pathologie de son père nécessite une aide quotidienne de sa part, le certificat médical et l'attestation produits en ce sens par le requérant sont peu circonstanciés. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. La préfète du Rhône n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Poret et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La magistrate désignée,

MA. POLLETLe greffier,

P. MULLER

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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