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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2500852

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2500852

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2500852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 27 et 28 janvier 2025, M. A B C représenté par Me Aldeguer demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelables ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui restituer son passeport ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé

- a été pris sans un examen particulier de sa situation personnelle et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de la Savoie a produit des pièces complémentaires qui ont été enregistrées le 3 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Doulat, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat ;

- les observations de Me Aldeguer, représentant M. B C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 2 juillet 1988, est entré en France en novembre 2017 selon ses déclarations. Le 1er juin 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien suite à son mariage avec une ressortissante française. Par arrêté du 21 avril 2022, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Grenoble du 24 août 2022 puis par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 27 décembre 2022, le préfet de la Savoie lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 17 novembre 2023, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Grenoble du 29 décembre 2023 le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 19 décembre 2024, la cour a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et rejeté le surplus des conclusions de la requête. Par l'arrêté attaqué du 22 janvier 2025, le préfet de la Savoie a assigné M. B C à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels ils se fondent et notamment l'article L. 731-1. Il mentionne le fait que M. B C a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire et que ses recours ont été rejetés par le tribunal administratif de Grenoble et la cour administrative d'appel de Lyon et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dès lors le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si l'arrêté attaqué assigne à résidence le requérant dans l'arrondissement de Chambéry, l'article 3 de cet arrêté précise qu'il peut néanmoins solliciter une autorisation pour sortir de cet arrondissement. Dès lors le fait que son avocat soit dans un autre département ou qu'il puisse avoir des rendez-vous médicaux dans le département de l'Isère ne révèlent pas un défaut d'examen de sa situation compte tenu de cette possibilité de solliciter une autorisation pour sortir de l'arrondissement de Chambéry. Si M. B C soutient que les horaires de pointage à la gendarmerie de Pont de Beauvoisin sont incompatibles avec la nécessité d'aller chercher les enfants de son épouse à l'école, par la seule production d'une attestation de son épouse, il n'établit ni le lieu de scolarisation de ces enfants ni de la nécessité d'aller les chercher. Par suite les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être rejetés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré () ".

5. En se bornant à faire valoir que cette décision d'assignation à résidence n'est pas justifiée par une perspective d'éloignement raisonnable au regard notamment de la dégradation des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie, alors que la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre a été confirmée par le tribunal administratif de Grenoble et par la cour administrative d'appel de Lyon, M. B C ne conteste pas sérieusement la perspective raisonnable de son éloignement. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par M. B C doivent être rejetées Il en va de même, par voie de conséquence des conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à Me Aldeguer et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

Le magistrat désigné,

F. DOULAT

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500852

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