mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2501048 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | KORN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2025, Mme L B de H M G, agissant en son nom propre et au nom de ses enfants mineurs C F H E, I F H D, J F H M G et K F H M G, représentée par Me Korn, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de la prendre en charge ainsi que ses enfants dans un hébergement d'urgence conforme aux articles L. 345-2-2 et L.345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'assurer leur accompagnement social, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle et à verser à elle-même dans le cas contraire.
Elle soutient que :
- le condition de l'urgence est remplie dès lors qu'elle est accompagnée de quatre enfants mineurs, sans ressource et sans abri et qu'elle est dans l'impossibilité de faire valoir ses droits aux conditions matérielles d'accueil du fait de la carence de l'Etat ;
- l'abstention de l'Etat à lui fournir un hébergement porte une atteinte grave aux libertés fondamentales que constituent le droit à un hébergement d'urgence, le respect de la dignité humaine, l'intérêt supérieur des enfants et le droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants ;
- la défaillance de l'Etat est manifestement contraire aux dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles.
Par un mémoire en intervention enregistré le 5 février 2025, l'association Accueil Demandeurs d'Asile (ADA) demande au tribunal de faire droit aux conclusions de la requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'elle n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale compte tenu de la saturation des possibilités d'hébergement d'urgence dans le département.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 février 2025, en présence de M. Morand, greffier :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- les observations de Me Korn, représentant Mme B de H M G, qui porte le montant de l'astreinte demandée à 200 euros,
- et les observations de Mme A, représentant l'ADA.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'intervention de l'association Accueil demandeurs d'asile :
1. L'association Accueil Demandeurs d'Asile justifie d'un intérêt suffisant au prononcé de l'injonction demandée. Ainsi, son intervention au soutien de la requête formée par Mme B de H M G est recevable.
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 3, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B de H M G, ressortissante angolaise née en 1990, est entrée en France le 15 janvier 2025, accompagnée de ses quatre enfants mineurs âgés de 15 ans, 8 ans, 3 ans et 4 mois. Elle s'est présentée le 21 janvier 2025 au bureau de l'association ADATE, en charge du premier accueil des demandeurs d'asile, où il lui a été remis des convocations à un rendez-vous à la préfecture de l'Isère pour l'enregistrement de sa demande d'asile et de celles de ses enfants le 14 mars 2025. Si, par une ordonnance du 3 février 2025, le juge des référés du tribunal a enjoint à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme B de H M G et ses quatre enfants pour l'enregistrement de leurs demandes d'asile dans le délai de trois jours ouvrés, cette ordonnance n'a, à ce jour, pas reçu d'exécution et les demandes d'asile n'ont pas été enregistrées. Ainsi, Mme B de H M G n'est pas, à la date de la présente ordonnance, en mesure de bénéficier des conditions matérielles d'accueil qui peuvent être accordées aux demandeurs d'asile. Il n'est pas contesté que la requérante a pu bénéficier temporairement d'un accueil de nuit mais se retrouve désormais sans situation d'hébergement et dort avec ses enfants dans la rue. En défense, la préfète de l'Isère indique que la situation de l'intéressée sera examinée en commission d'urgence le 10 février 2025, mais cet examen ne garantit nullement l'octroi d'un lieu d'hébergement. Elle se prévaut par ailleurs de la saturation des possibilités d'hébergement d'urgence dans le département, avec un taux d'occupation du parc géré par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de 99,2 %, et fait valoir que de nombreuses personnes sont en attente d'un hébergement, dont 84 enfants de moins de trois ans. Toutefois, elle ne démontre pas que l'Etat a accompli les diligences nécessaires pour permettre à Mme B de H M G d'obtenir une solution d'hébergement alors que c'est sa propre carence à instruire les demandes d'asile dans le délai légal qui est à l'origine de la situation de l'intéressée. Ainsi, eu égard à la particulière vulnérabilité de cette famille, qui comprend quatre enfants mineurs dont un nourrisson et qui se trouve à la rue en période hivernale, Mme B de H M G est fondée à soutenir que leur absence de prise en charge constitue une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte dès lors une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.
6. Dans ces circonstances, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de désigner à Mme B de H M G un lieu d'hébergement d'urgence, dans les conditions prévues par les dispositions précitées des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3, susceptible de l'accueillir avec ses quatre enfants dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il y lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 80 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Eu égard à l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme B de H M G, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Korn renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Korn. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B de H M G par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à cette dernière.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de l'association ADA est admise.
Article 2 : Mme B de H M G est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de désigner à Mme B de H M G un lieu d'hébergement d'urgence, dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, susceptible de l'accueillir avec ses enfants, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 80 euros par jour de retard.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B de H M G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Korn une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B de H M G par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à cette dernière.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B de H M G, à Me Korn, à l'association Accueil Demandeurs d'Asile et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 5 février 2025.
Le juge des référés,
V. L'HÔTE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026