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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501107

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501107

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2025, M. B D, représenté par Me Poret demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète l'Isère n° 2025 JK 043 B en date du 2 février 2025 portant assignation à résidence ;

3°) d'annuler l'arrêté de la préfète l'Isère n° 2025 JK 043 en date du 2 février 2025 portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

4°) de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les articles L. 613-2 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

La décision portant assignation à résidence :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'interdiction sur le territoire français ;

- n'est pas adaptée, nécessaire et proportionnée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de l'Isère n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur la requête.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme E et avoir constaté l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, né le 8 juin 1989, de nationalité algérienne, est entré irrégulièrement en France en décembre 2018. Il a fait l'objet d'une décision définitive d'obligation de quitter le territoire national en date du 2 novembre 2022. Par les arrêtés attaqués du 2 février 2025, la préfète de l'Isère a prolongé pour une durée de 2 ans, portant sa durée totale à 3 ans, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcé le 2 novembre 2022 et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

2. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre M. D à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. " Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

4. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que si la préfète mentionne avoir effectué l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne mentionne pas que M. D est le père d'un enfant né à La Tronche le 23 juin 2024 de mère née à Grenoble. Par conséquent, la rédaction de l'arrêté ne permet pas de savoir si l'autorité administrative a tenu compte de l'existence de cet enfant dans sa décision. M. D est donc fondé à soutenir que l'arrêté est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il en résulte, pour ce motif, que l'arrêté n° 2025 JK 043 portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français en date du 2 février 2025 doit être annulé. Il est enjoint, par voie de conséquence, dans le cas où M. D aurait été signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen concernant la prolongation du délai d'interdiction de retour pendant deux ans, de procéder sans délai à l'effacement de ce signalement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

6. En premier lieu, la décision a été signée par M. A C, directeur de cabinet de la préfète de l'Isère, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté préfectoral du 25 novembre 2024, régulièrement publiée.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

8. L'arrêté portant assignation à résidence à l'adresse 5 place Saint Bruno à Grenoble de M. D comporte l'énoncé des considérations de droit et des circonstances de faits qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation manquant en fait doit, par suite, être écarté.

9. En troisième lieu, l'arrêté de prolongation de la durée d'interdiction de retour sur le territoire national en date du 2 février 2015 n'est pas la base légale de l'arrêté portant assignation à résidence, qui s'appuie sur la décision d'obligation de quitter le territoire français en date du 2 novembre 2022. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité est donc inopérant.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

11. Il ressort de la décision attaquée que la préfète de l'Isère a pris sa décision d'assignation au vu de la non-exécution de la décision d'obligation de quitter le territoire français en date du 2 novembre 2022 et compte tenu du fait que l'éloignement de M. D demeure une perspective raisonnable. En se bornant à faire valoir que cette mesure n'est pas justifiée alors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il justifie d'une insertion familiale et sociale en France, M. D n'expose aucune circonstance de nature à caractériser une disproportion dans la mesure d'assignation à résidence édictée à son encontre.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant assignation à résidence de M. D à l'adresse de son domicile pour une durée de 45 jours, qui prévoit une obligation pour l'intéressé de se présenter deux fois par semaine les lundis et mercredis à 8h00, y compris les jours fériés ou chômés à l'hôtel de police, 36 boulevard maréchal Leclerc à Grenoble, ville dans laquelle il est hébergé, ferait obstacle à ce qu'il poursuive une vie familiale normale. Par suite, en se bornant à se prévaloir de son insertion dans la société, le requérant n'établit pas que la décision portant assignation à résidence serait contraire aux stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° 2025 JK 043 B en date du 2 février 2025 portant assignation à résidence doivent être rejetées.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :L'arrêté n° 2025 JK 043 de la préfète de l'Isère en date du 2 février 2025 portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français est annulé.

Article 3 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de prendre, sans délai, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. D dans le système d'information Schengen.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. B D, Me Poret et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La magistrate désignée,

AS. ELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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