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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501262

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501262

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantANGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 février 2025 et 17 février 2025, M. A C, représenté par Me Angot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C fait valoir que :

- les arrêtés contestés sont entachés d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par voie de conséquence les autres décisions seront annulées ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'assignation à résidence est insuffisamment motivée tant en droit qu'en fait et méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Barriol, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Angot, représentant M. C.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien, né le 29 juillet 1985, a déclaré être arrivé en France cinq mois auparavant. La date exacte de son arrivée en France n'est pas précisée. Il n'a entamé aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative. Par la présente requête, il demande d'une part, l'annulation de l'arrêté du 5 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'autre part, l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel la préfète l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. C, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux deux arrêtés :

3. Les arrêtés en litige ont été signés par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté de la préfète de l'Isère du 25 novembre 2024, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Si l'intéressé fait valoir qu'il s'est rapidement intégré, il ne fournit aucune précision à l'appui de cette allégation ni ne verse aucune pièce en ce sens alors que sa présence en France est très récente et que son épouse et ses deux enfants résident en Algérie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, excipée à l'encontre de l'ensemble des autres décisions en litige doit être écartée.

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire vise les textes dont elle fait application et notamment les 1° et 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il résulte des termes de la décision attaquée que pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire la préfète de l'Isère s'est fondée sur le fait que M. C n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a explicitement indiqué dans son audition ne pas vouloir se conformer à toute mesure d'éloignement et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes faute de pouvoir justifier d'une adresse permanente. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. M. C ne fait pas état de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Sa présence sur le territoire français est récente (cinq mois) et il ne justifie pas de liens intenses sur le territoire national. Aucun élément de sa situation personnelle ne s'oppose à ce qu'il ne puisse retourner sur le territoire français durant deux ans. En outre, il ressort du procès-verbal de la police nationale du 4 février 2025 qu'il a été interpellé avec une liasse de billet en euros dans le quartier Saint-Bruno sur la commune de Grenoble, lieu connu pour la vente quotidienne de stupéfiants, quittant en catastrophe un point de deal, après une course poursuite et l'utilisation du bâton de défense dit " B ". Par suite, la décision attaquée ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'erreur d'appréciation alors même que M. C n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

12. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde ainsi que la décision portant l'obligation de quitter le territoire français du même jour. En outre, il mentionne que M. C dispose de garanties de représentation effectives permettant d'envisager son éloignement, qu'il n'a pas remis son passeport et s'engage à le remettre au premier pointage et que l'éloignement demeure une perspective raisonnable. Si M. C soutient que c'est à tort que la préfète a estimé qu'il justifiait d'une adresse dans le quartier Saint-Bruno à Grenoble alors que la décision portant obligation de quitter le territoire français indique qu'il n'est pas en mesure de justifier d'une adresse, cette circonstance est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation qui ne se confond pas avec le bien fondé de ses motifs. Au demeurant, il ressort du procès-verbal de son audition du 4 février 2025 qu'il a déclaré être domicilié à Saint-Bruno chez une personne qui l'héberge sans en préciser ni l'adresse précise ni son identité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence des conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Angot et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

Le magistrat désigné,

E. Barriol

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°250126

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