Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501425
lundi 24 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2501425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 février 2025, M. B A, représenté par Me Coutaz, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2025 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant six mois ;
2°) d'annuler l'arrêté 10 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de supprimer son signalement du système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'une inexactitude matérielle des faits ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2025, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé et sollicite une substitution de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pollet, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 21 février 2025, présenté son rapport et entendu les observations de Me Coutaz, représentant de M. A.
Il demande, par ailleurs, d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du préfet de la Drôme du 10 février 2025 :
1. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté du 14 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.
2. En deuxième lieu, l'arrêté vise les textes dont il fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
3. En troisième lieu, alors que la décision fait état de la prise en considération d'éléments propres à la situation de M. A, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.
4. En quatrième lieu, M. A se prévaut d'un avis d'audience à victime du tribunal correctionnel de Marseille du 23 janvier 2025. Toutefois, il est constant que M. A a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 31 octobre 2021 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble le 1er février 2022 et par la cour d'appel de Lyon le 12 juillet 2023 au motif qu'il a présenté un contrat de travail frauduleux afin d'obtenir un visa afin d'entrer sur le territoire français. Ainsi, en mentionnant que l'intéressé ne pouvait se prévaloir d'une entrée régulière sur le territoire national pour ce motif, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'erreur de fait et d'inexactitude matérielle des faits.
5. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. A soutient qu'il entretient une relation stable et durable avec une ressortissante française avec laquelle il envisage de se marier. Toutefois, le caractère ancien et stable de cette relation n'est pas établi. Par ailleurs, il n'apporte pas la preuve qu'il serait dépourvu de lien personnel dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () "
8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français, toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a sollicité un titre de séjour, contrairement à ce qu'indique le préfet de la Drôme. Par suite, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne pouvait être prise sur le fondement du 1° de l'article L. 612-3 précité.
9. Toutefois, le préfet de la Drôme sollicite une substitution de base légale au profit du 5° de l'article L. 612-3 précité, en faisant valoir que M. A s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français. Or, il est constant que M. A a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 31 octobre 2021. Dans ces conditions, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie procédurale et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions, il y a lieu de faire droit à la demande du préfet de la Drôme et de procéder à la substitution de base légale sollicitée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de fait doivent être écartés.
10. En septième lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de la contestation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit également être écarté.
11. En huitième lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire à l'appui de la contestation de la décision portant fixation du pays de destination doit également être écarté.
12. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
13. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas, susceptible de justifier une telle mesure, se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
14. En l'espèce, l'arrêté, qui indique que M. A est entré de manière récente sur le territoire français et se prononce eu égard à la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France prend en compte les critères précités. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
En ce qui concerne l'arrêté de la préfète de l'Isère du 10 février 2025 :
15. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par la préfète par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.
16. En deuxième lieu, l'arrêté vise les textes dont il fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
18. L'arrêté attaqué dispose que M. A devra se rendre deux fois par semaine aux services de la police nationale de Grenoble afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation dont il fait l'objet. Si M. A soutient disposer d'un logement stable, il ne fait état d'aucune circonstance l'empêchant de se rendre à ces convocations. Aussi, en prenant une telle mesure, qui n'apparaît pas excessive dans ses modalités d'exécution, la préfète de l'Isère n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 ni davantage commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de l'intéressé.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des arrêtés en litige doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Isère et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.
La magistrate désignée,
MA POLLET
La greffière,
A. ZANON
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère et au préfet de la Drôme chacun en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.